Février 2026
Je cherche DES REGARDS critiqueS
J'ai toujours avancé seul dans ma démarche artistique, ce qui a beaucoup d'avantages et notamment la liberté de m'exprimer et aborder des sujets sensibles sans avoir à me censurer, ou ne pas subir le poids de devoir plaire à des institutions, mais cette position d'électron libre a de de sérieuses limites.
Je ressens aujourd'hui le besoin de dialoguer avec des gens dont le regard critique est affûté et pertinent pour avancer plus loin dans ma démarche. J'ai toujours manqué d'humilité à ce sujet, j'ai cru pouvoir avancer seul et j'ai peu demandé d'avis critiques, ce que je regrette aujourd'hui. Comment alors rattraper ce retard et à qui m'adresser ? Quoi qu'il en soit, je serais plus qu'heureux d'échanger avec vous et de recueillir vos impressions, n'hésitez pas à me contacter via le formulaire de contact et je tâcherai de répondre autant que possible ! Merci infiniment !
#jeanmarchuitorel #paulardenne #ouijerestepretentieux
Janvier 2026
L’IA, en chemin vers un nouvel humanisme ?
Selon Bergson, « L’idée de l’avenir est plus féconde que l’avenir lui-même. » Aussi, la science-fiction n’échappe pas à la règle des prophéties auto-réalisatrices : tout ce qu’on imagine en y croyant à peine, le meilleur comme le pire, finit par avoir des conséquences bien réelles ; ce que nous conceptualisons, ce que nous fantasmons, a tendance à se produire réellement. Depuis l’homme-machine de Descartes, l’éthologie étudie le vivant d’un oeil mécaniste et nous amène en toute logique à nous comparer aux engins que nous créons et à nous mesurer à eux, comme dans ces parties d’échec opposant le cerveau au microprocesseur. S’en est suivi naturellement l’idée d’hybridation et d’homme augmenté. La tentation était trop grande, impossible de ne pas croquer dans la pomme sans l’avaler toute entière. Aussi, l’intelligence artificielle associée à la robotique sera bientôt, dans le meilleur des cas, en mesure de nous assister dans toutes nos tâches, ou de nous supplanter tout à fait selon une vision à peine plus pessimiste. Force est de constater que nous n’en sommes déjà plus au stade de la simple élaboration d’un scénario où la machine nous remplacerait mais déjà bien avancé dans sa réalisation concrète.
Prenons le meilleur des cas pour commencer, celui dans lequel la machine n’est qu’un outil au service de nos besoins et de nos désirs, situations que nous connaissons déjà depuis fort longtemps. On peut estimer qu’Homo Habilis déjà, avait extériorisé une part de ses capacités dans le silex, en augmentant ainsi son pouvoir tout en se rendant dépendant de lui. Tout progrès technique a par la suite amplifié ce même phénomène, amenant peu à peu l’Humain vers une position quasiment démiurgique, puisqu’il est désormais capable de modifier jusqu’à son propre ADN. La différence avec le pouvoir de Dieu ne se réduit pour autant qu’en apparence, car si Dieu tel qu’on le conçoit dans le monothéisme contient en lui-même le principe de son omnipotence, l’Humain est en revanche de plus en plus esclave de ses propres inventions. Une journée passée sans téléphone suffit à rendre compte de notre dépendance à la technologie.
Au sens où l’entendait Bernard Stiegler dans une extension du sens Marxiste originel, nous nous prolétarisons. Le prolétariat n’est plus simplement la classe ouvrière mais l’ensemble de tous ceux dont la technologie a absorbé le savoir au point de les en déposséder. Quelques années après sa mort, tout lui donne raison puisque ce prolétariat s’est étendu à l’ensemble de la population et l’on pourrait même considérer que les plus riches sont finalement les plus dépendants aux technologies qu’eux seuls peuvent se payer.
Depuis longtemps déjà, des machines augmentent nos facultés de connaître le monde alors que nous leur abandonnons une partie de nos capacités physiques et cérébrales. Ce double mouvement, dans lequel se confondent pulsion de mort et pulsion de vie, est le propre de l’humanité, tout du moins de celle qui s’est imposée majoritairement sur la planète en ne laissant que peu, voire pas, de place aux rares cultures qui demeurent capables de vivre en se passant du concept même de progrès, comme ces quelques tribus amazoniennes dont les modes de vie perdurent depuis des millénaires sans perturbation par la technique. Cette dynamique Icarienne nous conduit de plus en plus haut, de plus en plus loin du reste de la biosphère et de plus en plus proches d’un soleil réellement brûlant, le réchauffement climatique incarnant la parfaite illustration du mythe qui se réalise. Nous approchons du Dieu Soleil certes, mais nous sommes de moins en moins capables de continuer le chemin en autonomie. Nous sommes assistés, parfois même dépendants jusque dans nos corps : nous survivons plus longtemps mais avec des piles dans le coeur et affublés d’autres prothèses en tout genre dont on voit mal ce qui pourrait les empêcher de finir par nous mener jusqu’au second scénario, celui dans lequel l’homme est littéralement remplacé par la machine de la tête au pied. C’est d’ailleurs sans se cacher de cet objectif que les thuriféraires du transhumanisme engagent depuis quelques temps déjà toutes leurs forces dans cette course au Saint-Graal pour le moins effrayante. Les puissants de ce monde rêvent concrètement d’immortalité.
Et voilà que l’intelligence artificielle, en plus d’augmenter considérablement en parallèle nos performances et dépendances à l’égard de tout ce que nous avons vu précédemment, prétend franchir un nouveau palier dans cette ascension vertigineuse, en allant au-delà de nos simples limites physiques et cérébrales pour s’attaquer à nos mondes émotionnels les plus intimes. L’IA générative semble pouvoir créer à notre place des oeuvres d’arts qui provoquent en nous des réactions sensibles. Elle concentre a elle seule un savoir qui dépasse infiniment celui du plus érudit des vivants, une capacité de calcul qui sera bientôt quasiment sans limite avec l’avènement de l’ordinateur quantique, la faculté d’agir sur nos systèmes neurologiques en sachant exactement comment déclencher en nous telle ou telle émotion, tout ceci au point de tromper les plus vigilants des spécialistes dans la contrefaçon de la réalité. Nous ingérons tous les jours du contenu dont il nous est désormais rigoureusement impossible de différencier l’origine artificielle de la réalité objective. Au-delà des dérives médiatiques servant les délires fascisants d’une poignée de dangereux autocrates, chacun a aujourd’hui entre les mains un outil qui peut le tromper lui-même et réaliser en apparence n’importe lequel de ses désirs. Qui veut plonger dans un monde virtuel qui lui paraisse plus vivable que la réalité, n’a qu’à demander à l’IA de générer n’importe quelle chimère qui saura stimuler au mieux sa production hormonale. Dopamine et endorphine sont désormais délivrables à volonté sur ces nouvelles ordonnances qu’on appelle des prompts. Nous en sommes quasiment au point où la réalisation de nos désirs est possiblement instantanée, ce qui provoque par ailleurs des formes nouvelles et étranges de satisfactions qui court-circuitent tout système cognitif sans être accompagnées de joie. Le plaisir d’exister nous est ainsi paradoxalement confisqué.
Toutes les pires dystopies de 1984 à Matrix, du Meilleurs des monde à Blade Runer ou Terminator, sont déjà en cours d’installation dans nos logiciels humains. On se demande alors comment sortir d’un tel cauchemar, dont nous sommes autant les cruels scénaristes que les protagonistes impuissants.
Le tableau est sombre, certes, mais la poésie n’a pas dit son dernier mot, et la philosophie non plus. Revenons 5 siècles en arrière, Rembrandt, le Carravage et bien d’autres artistes encore, comprennent que la lumière la plus vive provient de la noirceur la plus dense. Ainsi nait le Clair-Obscur, mouvement qui nous apprend au-delà d’une simple esthétique visuelle à habiter le monde différemment. Remontons le temps encore, jusqu’aux origines du Tao, dont les symboliques Yin et Yang nous rappellent cette même philosophie s’abreuvant à des forces opposées et complémentaires. Des occidentaux plus contemporains, Friedrich Nietzsche ou Simone Weil, Sigmund Freud ou Albert Camus, nous invitent chacun à leur manière à embrasser la vie dans son ensemble et à composer avec le pire et le meilleur. Et la clé se trouve là, comme toujours : nous n’échapperons ni au progrès technologique, ni à notre dépendance à son égard. Oui, l’intelligence artificielle nous remplacera au moins partiellement et nous pouvons autant le déplorer que nous devrions apprendre à nous en réjouir. La pilule est difficile à avaler mais ne devrait pas nous étouffer pour autant, car toute cette logique se heurte heureusement à certaines limites infranchissables.
De même qu’un robot pourra ressembler en tout point à un humain sans pour autant devenir humain effectivement, un produit généré par IA n’égalera jamais qu’en apparence une production humaine. Il existe en effet une part invisible dans l’humain comme dans tout ce qui provient de lui et cette part ne sera jamais, jamais, accessible à la meilleure imitation technique qui soit. Je m’amuse en notant qu’un René en relativise un autre : la pipe de Magrite montre la limite de l’automate de Descartes : l’IA n’est que la représentation de l’intelligence, pas l’intelligence elle-même.
Cette part qui sépare encore le mécanique du biologique, c’est la dimension psychique dont l’humain ne peut avoir d’ailleurs lui-même qu’une connaissance limitée. Tout ce qui est de l’ordre de l’inconscient, toute la partie non-phénoménale, celle qui est inaccessible à notre entendement par le principe de causalité, celle que Kant reconnaît comme au-delà des limites du connaissable et qu’il qualifie de nouménale, toute la spiritualité, toute la métaphysique en somme, n’est pas convertible au format numérique, ni réductible à une logique de machine. Autrement dit, quand nous apprenons a l’IA à nous singer, seule la partie de nous-memes que nous sommes en mesure de réduire à une rationalité observable lui est effectivement transmise. Seul le cadre étriqué du déterminisme peut se matérialiser sous une forme comprise par l’IA dans une suite de 1 et de 0.
Nous avons pris l’habitude de ne considérer le monde qu’à travers l’oeil d’un rationalisme qui permet certes d’expliquer la plupart des phénomènes physiques mais qui n’en est pour autant qu’une réduction. Cette forme réductionniste qu’on retrouve dans les sciences dures, n’embrasse que partiellement toutes les autres sciences du vivant, et éclairent particulièrement mal toute anthropologie. Ni les sciences sociales, ni la psychologie, ni même la médecine ne sont parfaitement explicables par un seul raisonnement déterministe car elles échappent à une logique binaire.
La physique quantique serait également dans une impasse totale si elle s’en tenait aux simples lois acceptables par notre raison. Ainsi le principe d’indétermination d’Heisenberg nous apprend qu’on ne peut pas connaître simultanément la position et la vitesse d’une particule élémentaire. La mesure de l’une rendant impossible la mesure de l’autre. L’état quantique d’une particule n’est représentable que par une fonction d’onde, c’est à dire une description de la probabilité de trouver une particule à tel ou tel endroit si l’on voulait mesurer sa position. Autrement dit, c’est l’observation qui détermine la position d’une particule, qui tant qu’elle n’est pas mesurée demeure simultanément en plusieurs endroits. Pas d’absoluité donc, pas 1 ou 0 mais un peu 1 et un peu 0, en même temps. Cette nouvelle façon probabiliste de comprendre le monde n’est donc absolument pas compatible avec la programmation des IA.
Le phénomène d’intrication quantique quant à lui, stipule que deux particules liées entre elles, changeront d’état simultanément si l’on affecte l’état de l’une ou de l’autre, quelle que soit la distance qui les sépare, réduisant à néant notre compréhension habituelle de l’espace et du temps, ce qui brise donc totalement une fois encore la chaîne causale déterministe. Une réalité physique complètement étrangère au fonctionnement de tout les modèles d’IA.
On peut résumer tout ceci en affirmant sans trop de doute qu’aucune IA ne pourra jamais embrasser le monde dans sa complexité globale. Nous voici donc à l’abris d’être totalement remplaçables. Même si cette conclusion est un peu rassurante elle n’est est pas encore tout à fait réjouissante pour autant.
J’en arrive donc à la dernière partie de cet exposé dans laquelle on trouvera un peu plus de lumière.
L’IA est un produit du capitalisme au service du capitalisme. C’est d’abord un outil au service de la production, qui en réduit les coûts et en augmente la vitesse dans des proportions considérables. Un outil qui promet de nous affranchir des limites humaines pour nous réduire à de simple consommateurs en nous délivrant du travail. Mais le capitalisme a déjà dévoilé son essence profonde, prédite par Marx dés le milieu de XIXème siècle, en ne se contentant pas de faire de l’humain un consommateur mais en allant jusqu’à faire de lui un consommable comme les autres, d’où les écueils du narcissisme généralisé qu’on observe dans le monde entier. L’équation s’en trouve alors réduite à son extrémité, le consommateur se consomme lui-même jusqu’à auto-annihilation et rien de vivant n’échappe à cette emprise. De ce point de vue, nous serons sans doute tous d’accord pour dire que la dynamique capitaliste n’est plus souhaitable à l’époque contemporaine, comment donc ne pas se réjouir de sa disparition prochaine, du moins tant que nous ne coulons pas avec le bateau.
Mais comme nous l’avons vu plus haut, nous nous soustrayons métaphysiquement à cette logique pure. On peut imaginer qu’à bord de ce train qui fonce à toute allure vers le précipice ne se trouve en fin de compte que la partie de l’humain qui est imitable et imitée, que la partie rationalisable et rationalisée, que la partie déterminable et déterminée, et qu’il ne restera sur le quai, que notre vie immatérielle dans son insondable profondeur.
D’autres ressources inimitables nous caractérisent : là où l’IA se nourrit du plus commun pour tout rendre moyen et normal, l’humain ne cesse d’élargir naturellement l’étendue de ses mutations génétiques du fait qu’il est, comme par magie, attiré par les partenaires disposant des génomes les plus éloignés du sien pour se reproduire. Nous sommes ancrés dans un processus d’évolution permanente, ce qui permet notre adaptation tant bien que mal aux nouvelles situations auxquelles nous sommes confrontés. L’IA en revanche, à force de produire un contenu de plus en plus lisse et finissant à terme par s’abreuver à sa propre source n’aura aucune possibilité de s’émanciper d’elle-même mais tendra plutôt vers une boucle éternelle et moribonde, incapable de s’inscrire dans les mécaniques naturalistes de Lamarck ou Darwin. De même que l’IA n’aurait pas pu naître sans son créateur, elle ne pourrait pas non plus proliférer ou même simplement perdurer sans notre concours.
Aussi, par contraste, merci le filtre en clair-obscur, peut-être allons nous redécouvrir notre propre essence et abandonner un peu le cartésianisme qui a prétendu réduire nos vie à un mécanisme. Par contraste, quand tout le monde sera remplacé par l’IA, apparaîtra plus clairement que jamais ce qui constitue notre humanité : nous redécouvrirons qu’il nous manque la poésie et les indéfectibles liens qui devraient nous unir, l’amour et la compassion plutôt que l’égoïsme et la compétition. Par contraste encore, nous redécouvrirons sans doute que notre joie de vivre réside dans l’expérience concrète, que nous trouvons notre liberté dans le faire soi-même et le faire ensemble bien plus que dans l’illusion des relations esclavagistes qui nous ont façonnés. Nous refuserons de nous laisser traiter comme des objets et des chiffres, pour passer enfin de la réification à l’individuation, pour revenir de l’état de zombie à l’état de vivant. Nous serons peut-être enfin réincarnés dans nos propres corps de mortels.
Juillet 2025
Ainsi qu’en la Genèse on annonce un déluge,
Dans le duplex étroit qui me sert de cerveau
Une amie étouffante a trouvé son refuge,
J’aurai du la laisser dormir au caniveau.
Elle a pu s’installer sans aucun subterfuge,
Je lui ai tout ouvert jusqu’au premier niveau,
De ses longs doigts crochus, de ses yeux noirs de juge,
Elle a changé mon gite en un sombre caveau.
Je lui ai tout ouvert jusqu’au premier niveau,
De ses longs doigts crochus, de ses yeux noirs de juge,
Elle a changé mon gite en un sombre caveau.
Angoisse est son prénom, son nom m’est inconnu,
Partout dans la maison flotte un relent putride
Et quand j’ouvre la porte au soleil revenu,
Partout dans la maison flotte un relent putride
Et quand j’ouvre la porte au soleil revenu,
Son rayon terrifié veut rester sur le seuil
Il ne met pas les pieds dans cet antre morbide.
C’est à moi de sortir, de quitter mon cercueil.
Il ne met pas les pieds dans cet antre morbide.
C’est à moi de sortir, de quitter mon cercueil.
Juin 2025
Avant la nuit
Je vais écrire un poème
Ça ira mieux après
Et je pourrai dormir
Un poème qui se tait
Muet ou juste aphone
Qui ne dit rien du tout
Et qui est là pourtant
Un poème qui me berce
Comme un très vieil enfant
Qui ne peut s’endormir
Qu’après avoir pleuré
Ou hurlé ou chanté
En fait on pourrait dire
Un poème qui ressemble
A n’importe quel poème
Ça ira mieux après
Et je pourrai dormir
Un poème qui se tait
Muet ou juste aphone
Qui ne dit rien du tout
Et qui est là pourtant
Un poème qui me berce
Comme un très vieil enfant
Qui ne peut s’endormir
Qu’après avoir pleuré
Ou hurlé ou chanté
En fait on pourrait dire
Un poème qui ressemble
A n’importe quel poème
Mai 2025
Les artistes se trompent plus souvent que les autres et c’est de là qu’ils tirent leur force.
Mai 2025
Au crépuscule informe
Les barreaux invisibles
D’un marécage infâme
S’ouvrent comme un iris
D’un marécage infâme
S’ouvrent comme un iris
La libellule est là
Avec ses yeux trop grands
Elle déploie dans l’espace
Quatre utopies fragiles
Avec ses yeux trop grands
Elle déploie dans l’espace
Quatre utopies fragiles
Les fentes d’Anubis
Sont un pétrole en flammes
Qui la brûle comme elle passe
A travers l’incendie
Sont un pétrole en flammes
Qui la brûle comme elle passe
A travers l’incendie
Lapidés par les pneus
De chauffards sans visages
Des lapins dans les phares
La regardent partir
De chauffards sans visages
Des lapins dans les phares
La regardent partir
Elle s’évade et s’égare
Comme un piètre bandit
Traverse les nuages
En tombant vers le ciel
Comme un piètre bandit
Traverse les nuages
En tombant vers le ciel
Puis un nouveau miroir
Dans les terres immolées
Du territoire des hyènes
Apparaît sous son vol
Dans les terres immolées
Du territoire des hyènes
Apparaît sous son vol
Elle se laisse glisser
Comme un serpent dans l’air
De volute en voltige
Un boa d’oasis
Comme un serpent dans l’air
De volute en voltige
Un boa d’oasis
Jusque dans les roseaux
De l’aurore à l’eau rose
Et la glace a figé
Le temps comme un trésor
De l’aurore à l’eau rose
Et la glace a figé
Le temps comme un trésor
Et tout n’est plus qu’osmose
L’herbe jaune incolore
Chaos impénétrable
Champs stellaire de cosmos
L’herbe jaune incolore
Chaos impénétrable
Champs stellaire de cosmos
Scintillement des arbres
Et des pluies de poussière
Dans ce désert sans sable
Tout n’est plus que lumière
Et des pluies de poussière
Dans ce désert sans sable
Tout n’est plus que lumière
Mars 2025
Au laisser advenir
Je laisse à chaque pas
Dessiner sur la neige
L’empreinte qu’il préfère
Dessiner sur la neige
L’empreinte qu’il préfère
Une trace de loup
Attiré par le vent
Poussé par les parfums
Attiré par le vent
Poussé par les parfums
Puis celle d’un boa
Qui glisse entre les branches
Et se pend dans le ciel
Qui glisse entre les branches
Et se pend dans le ciel
Ou celle encore d’un ours
Dont le flair est si fin
Qu’il va droit sur le miel
Dont le flair est si fin
Qu’il va droit sur le miel
Ma semelle a des formes
Dont j’ignore encore tout
J’avance sans savoir
Dont j’ignore encore tout
J’avance sans savoir
Et je ne vais nulle part
À cette condition seule
Je peux aller partout
À cette condition seule
Je peux aller partout
Il pleut dans mes cheveux
Des cieux cristallisés
Je m’y attarde un peu
Des cieux cristallisés
Je m’y attarde un peu
Puis un éclat de jour
Transperce la nuée
Nous traversons l’espace
Transperce la nuée
Nous traversons l’espace
Sur mon chemin les arbres
Ont rendu quelques feuilles
Mais des bourgeons sont nés
Ont rendu quelques feuilles
Mais des bourgeons sont nés
Je regarde le jaune
Des herbes de l’été
Dont la couleur n’est plus
Des herbes de l’été
Dont la couleur n’est plus
Du bout des yeux je touche
Un long morceau de glace
Et j’ignore s’il est froid
Un long morceau de glace
Et j’ignore s’il est froid
Dans l’herbe je me couche
Sans connaître mon nom
Car je ne suis personne
Sans connaître mon nom
Car je ne suis personne
Non, je ne suis personne
A part cette lumière
Qui ne dort pas la nuit
A part cette lumière
Qui ne dort pas la nuit
Mars 2025
J’aurais voulu marcher d’un pas sans pesanteur, mais j’avais tracé derrière-moi, sur la blanche étendue de cristaux scintillants, un étrange chemin en pointillés désordonnés. En me retournant je constatai d’abord que j’avais avancé en zigzagant. Puis en regardant mieux, je m’aperçus avec la certitude de rêver, que mes empreintes étaient celles d’animaux. Je veux dire que chacun de mes pas avait laissé dans la neige une trace animale. Celle-ci ressemblait à celle d’un ours, celle-là à celle d’un loup. Et celle-là encore, plus étrange, ressemblait à une patte d’oiseau. Je cru même voir le S caractéristique qu’aurait laissé un serpent derrière lui.
Mais qu'étais-je alors ? Je n’étais ni un homme ni aucun animale en particulier, juste une essence biologique, en permanente mutation, qui se laissait passer d’une forme a l’autre. Et qu’allais-je devenir ? En me laissant aller, j’irai peut-être jusqu’au végétal, voire au minéral, et peut-être même jusqu’au vent.
Mais qu'étais-je alors ? Je n’étais ni un homme ni aucun animale en particulier, juste une essence biologique, en permanente mutation, qui se laissait passer d’une forme a l’autre. Et qu’allais-je devenir ? En me laissant aller, j’irai peut-être jusqu’au végétal, voire au minéral, et peut-être même jusqu’au vent.
Novembre 2024
Aujourd’hui j’ai noté en mon for intérieur
Qu’une marche innocente,
Sans autre destination qu’elle-même,
Une marche en zigzag avec un certain flegme,
Qui laisse toute la place au monde pour intriguer les sens,
Peut conduire mieux que tout
A de vrais paradis sans artifice aucun.
Ainsi je me suis dit :
Tu devrais enjamber les frontières du connu,
Explorer chaque impasse et franchir les goulets,
Gravir quelques sommets, traverser les forêts,
Tout ça en ne suivant que l’invisible guide
Qui veut parler en toi,
Car lui sait le chemin et ne se perd jamais.
Tu devrais enjamber les frontières du connu,
Explorer chaque impasse et franchir les goulets,
Gravir quelques sommets, traverser les forêts,
Tout ça en ne suivant que l’invisible guide
Qui veut parler en toi,
Car lui sait le chemin et ne se perd jamais.
C’est en restant derrière ton bureau,
Dans ton lit ou devant ton écran que tu te seras perdu.
Car ton humanité est dans ta Liberté
Et pour la conserver tu dois marcher sans cesse.
Dans ton lit ou devant ton écran que tu te seras perdu.
Car ton humanité est dans ta Liberté
Et pour la conserver tu dois marcher sans cesse.
La liberté
C’est l’incessant renouvellement du choix.
Laisse chacun de tes pas décider où il veut te mener
Sans penser au prochain.
Tu ne vas nulle part,
À cette seule condition
Tu peux aller partout.
C’est l’incessant renouvellement du choix.
Laisse chacun de tes pas décider où il veut te mener
Sans penser au prochain.
Tu ne vas nulle part,
À cette seule condition
Tu peux aller partout.
Confie ta liberté à la marche.
Ais confiance en TA marche.
Si tu la suis telle qu’elle veut te guider,
Elle te mènera toujours au bon endroit,
Abandonne tout à cette marche-là.
Donne-lui sa liberté,
Remets-lui ce que tu as toujours protégé comme ton trésor le plus précieux,
Laisse-lui TA liberté
_ce que tu as toujours pris pour TA liberté,
Ainsi tu ne seras plus maître
Et c’est alors pourtant qu’enfin tu seras libre.
Ais confiance en TA marche.
Si tu la suis telle qu’elle veut te guider,
Elle te mènera toujours au bon endroit,
Abandonne tout à cette marche-là.
Donne-lui sa liberté,
Remets-lui ce que tu as toujours protégé comme ton trésor le plus précieux,
Laisse-lui TA liberté
_ce que tu as toujours pris pour TA liberté,
Ainsi tu ne seras plus maître
Et c’est alors pourtant qu’enfin tu seras libre.
C’est cette marche libre
Qui pourra dessiner le chemin qui t’es propre,
Le chemin que personne d’autre que toi ne peut prendre.
Qui pourra dessiner le chemin qui t’es propre,
Le chemin que personne d’autre que toi ne peut prendre.
Pose tes lourdes valises,
Tu n’as besoin que de tes poches
Pour y fourrer tes mains et les jolis cailloux que tu auras glanés,
Des rires et des émerveillements.
Tout le reste, laisse-le,
Laisse-le redevenir poussière.
Tu n’as besoin que de tes poches
Pour y fourrer tes mains et les jolis cailloux que tu auras glanés,
Des rires et des émerveillements.
Tout le reste, laisse-le,
Laisse-le redevenir poussière.
Marche sur le bitume,
Marche dans les rivières, sur les plages, les collines,
Marche dans les pensées, les idées,
Marche aussi dans les livres, dans les tableaux,
Marche dans la musique et ne t’arrête jamais !
Marche encore dans tes rêves,
Marche dans tes cauchemars !
Marche dans la couleur
Et marche dans le ciel,
Marche dans les atomes et dans les galaxies !
Marche dans ta cellule,
Marche dans ta prison,
Marche dans ton bureau,
Marche SUR ton bureau,
Et sous les néons blêmes de ton supermarché,
Au cimetière du village
Et dans le champs de blé !
Marche dans les rivières, sur les plages, les collines,
Marche dans les pensées, les idées,
Marche aussi dans les livres, dans les tableaux,
Marche dans la musique et ne t’arrête jamais !
Marche encore dans tes rêves,
Marche dans tes cauchemars !
Marche dans la couleur
Et marche dans le ciel,
Marche dans les atomes et dans les galaxies !
Marche dans ta cellule,
Marche dans ta prison,
Marche dans ton bureau,
Marche SUR ton bureau,
Et sous les néons blêmes de ton supermarché,
Au cimetière du village
Et dans le champs de blé !
Si tu dois t’enivrer
Du parfum de la mer,
Comme un vieil albatros
Se croyant plus heureux dans les hauteurs,
N’oublie jamais de revenir sur terre,
Vas si tu dois t’enivrer
Au doux parfum des fleurs,
Mais ne t’attarde pas,
Continue de marcher,
Ne cède pas aux passions aux allures éternelles
Qui sont les dionées des bordures de ta route.
Ne reste pas non plus au fond des gouffres,
Ni des pièges qui te seront tendus,
Tu as toujours tes ongles pour creuser des tunnels,
Tu as toujours tes rêves pour te faire remonter
Où la marche t’attend.
Du parfum de la mer,
Comme un vieil albatros
Se croyant plus heureux dans les hauteurs,
N’oublie jamais de revenir sur terre,
Vas si tu dois t’enivrer
Au doux parfum des fleurs,
Mais ne t’attarde pas,
Continue de marcher,
Ne cède pas aux passions aux allures éternelles
Qui sont les dionées des bordures de ta route.
Ne reste pas non plus au fond des gouffres,
Ni des pièges qui te seront tendus,
Tu as toujours tes ongles pour creuser des tunnels,
Tu as toujours tes rêves pour te faire remonter
Où la marche t’attend.
Dans ce vagabondage,
Souris au policier et embrasse le voleur,
Remercie les huissiers qui sont un peu des deux,
Donne-leur même un peu plus !
Laisse dormir les génies tranquilles au fond des lampes
Et les tyrans se contempler dans les miroirs !
Ne regarde même pas
Ceux qui te barrent la route,
Ignore-les, abstiens-toi de répondre,
Tu as bien mieux à faire !
Contemple les oiseaux, tes nouveaux frères,
Migre vers la lumière et deviens un soleil,
Mais un soleil qui marche
Avant de disparaître à l’horizon.
Souris au policier et embrasse le voleur,
Remercie les huissiers qui sont un peu des deux,
Donne-leur même un peu plus !
Laisse dormir les génies tranquilles au fond des lampes
Et les tyrans se contempler dans les miroirs !
Ne regarde même pas
Ceux qui te barrent la route,
Ignore-les, abstiens-toi de répondre,
Tu as bien mieux à faire !
Contemple les oiseaux, tes nouveaux frères,
Migre vers la lumière et deviens un soleil,
Mais un soleil qui marche
Avant de disparaître à l’horizon.
Octobre 2024
On se trouve quand on cesse de chercher à rester conforme à soi même
Septembre 2024
C’est bien parce qu’ils ont les pieds sur terre que les artistes ont besoin de mettre la tête dans les nuages.
Mars 2024
« Ta souffrance, c’est ta richesse. »
C’est elle qui te tient debout dans la lutte conte l’inacceptable.
C’est elle qui te tient debout dans la lutte conte l’inacceptable.
Impromptu sur les conserves
Il y a de la poésie dans les boites de conserve
Rien que leur forme, même pas besoin d’en voir l’intérieur
Leur superficie me suffit.
Surtout les vieilles, qui nécessitent un ouvre boite, ou ce genre de clé à dérouler les sardines.
Celles qui sont vierges de tout packaging et celles qui se vantent à coup de peinture début vingtième de
Leur huile d’olive
Leurs aromates
Leurs escabèches
Leur citron et leur vin blanc
Faut admettre que parfois le charme s’estompe à l’ouverture
Un mauvais fumet
Une mauvaise couleur
Une composition désastreuse
On n’empile pas les maquereaux n’importe comment
On choisit ses nuances de rouge avec les haricots blancs
On traite avec soin les cœurs d’artichaut
On appâte pas n’importe quel chat avec de la pâté
Le choix typographique est primordial, moi les lettres, je les mange.
Le son aussi, quand l’aileron du requin pénètre dans le métal
Et qu’il tranche un peu maladroitement
Il y a de la poésie dans les boites de conserve
Morte et vivante en même temps
Mieux vaut parfois les garder closes
Comme des maisons
Des fantasmes lointains avec lointaines dates de péremption
Des sarcophages qui nous attendent
Il y a plus de poésie dans une boite de conserve
Que de boites de conserve dans toute la poésie
Heureusement que je suis là
On a failli rater ça
Les conserves de musique classique
Les conserves et les malins donnent les ordres
Les conserves gardiens d’immeubles
Les conserves du poumon
Je me fatigue
Il est temps de laisser ce texte moisir tout seul
Dans mon petit musée
Sans conservateur
Rien que leur forme, même pas besoin d’en voir l’intérieur
Leur superficie me suffit.
Surtout les vieilles, qui nécessitent un ouvre boite, ou ce genre de clé à dérouler les sardines.
Celles qui sont vierges de tout packaging et celles qui se vantent à coup de peinture début vingtième de
Leur huile d’olive
Leurs aromates
Leurs escabèches
Leur citron et leur vin blanc
Faut admettre que parfois le charme s’estompe à l’ouverture
Un mauvais fumet
Une mauvaise couleur
Une composition désastreuse
On n’empile pas les maquereaux n’importe comment
On choisit ses nuances de rouge avec les haricots blancs
On traite avec soin les cœurs d’artichaut
On appâte pas n’importe quel chat avec de la pâté
Le choix typographique est primordial, moi les lettres, je les mange.
Le son aussi, quand l’aileron du requin pénètre dans le métal
Et qu’il tranche un peu maladroitement
Il y a de la poésie dans les boites de conserve
Morte et vivante en même temps
Mieux vaut parfois les garder closes
Comme des maisons
Des fantasmes lointains avec lointaines dates de péremption
Des sarcophages qui nous attendent
Il y a plus de poésie dans une boite de conserve
Que de boites de conserve dans toute la poésie
Heureusement que je suis là
On a failli rater ça
Les conserves de musique classique
Les conserves et les malins donnent les ordres
Les conserves gardiens d’immeubles
Les conserves du poumon
Je me fatigue
Il est temps de laisser ce texte moisir tout seul
Dans mon petit musée
Sans conservateur
Janvier 2024
Nous sommes libres mais pas maîtres de notre liberté.
La liberté survient quand disparaît la nécessité de choisir.
La liberté survient quand disparaît la nécessité de choisir.
Janvier 2024
Adieu trop vieille enfance
J’ai cru aimer ton innocence malsaine
Ô lourde peine, ô démence
Poison d’indifférence injecté dans mes veines
J’ai cru aimer ton innocence malsaine
Ô lourde peine, ô démence
Poison d’indifférence injecté dans mes veines
Ici tour de contrôle
Vent fort en approche
Ici tout fond et devient moche
Tout lâche
Même la musique dans le fond
Tout se confond
Le ciel se fait plafond
Le sol
S’envole
Comme du coton
Vent fort en approche
Ici tout fond et devient moche
Tout lâche
Même la musique dans le fond
Tout se confond
Le ciel se fait plafond
Le sol
S’envole
Comme du coton
Le son du passé retentit
Tout redescend
Tout ralentit
Je suis un tout petit
Castré comme un lézard
Qui grandit dans l’errance
En cherchant le soleil et se perd dans les arts
Mais j’avance
Au hasard
La tête baissée face au blizzard
J’avance et que le vent m’emporte
Qu’importe
Je suis un type bizarre
Tout redescend
Tout ralentit
Je suis un tout petit
Castré comme un lézard
Qui grandit dans l’errance
En cherchant le soleil et se perd dans les arts
Mais j’avance
Au hasard
La tête baissée face au blizzard
J’avance et que le vent m’emporte
Qu’importe
Je suis un type bizarre
Mon coeur est un gant rouge
Qui boxe encore après cent uppercuts
Et quand plus rien ne bouge,
Après la chute,
Il boxe encore
Sur le clavier je frappe fort, j’écris,
Sur le gros sac de viande qui dort
Je tape, espérant qu’il percute
Il crie mais rien, il n’hurle qu’à la mort
Je frappe jusqu’à ce que vie s’en suive
Je lui dis relève-toi et ravale ta salive
Mais toujours rien n’arrive alors
Tout mon corps part à la dérive
Et titubant dans mon chaos
J’ai les genoux qui tremblent
J’ai la fièvre qui coule
Plus rien ne me ressemble
Je me perds dans la foule
Comme après un K.O.
Le tout se ré-assemble
Mais l’espérance est mince
On me serre dans les bras ?
Non c’est l’étau qui pince
L’horloge est une perceuse qui tourne
Et me troue le tympan
J’ai l’oreillette en sang
Je n’entends que TIC TAC et PAN PAN !
J’ai la mâchoire qui grince
Les dents qui morde dans la rage
Ma colère est dans le rouge
Elle reste là qui bouge
Au milieu du carnage
Elle me dérange
Elle me démange
Mon ventre est un nuage en cage
Qui noir et gris bouillonne avant l’orage
Et quand il se déchire
La foudre cautérise à son passage
La plaie de sa propre naissance
Je m’extirpe du pire
Et plus rien n’a de sens
Je suis l’empire dans un empire
Je cours vers l’existence
Et j’abandonne au sol
Sur la terre minée,
Une mue du passé
Causalité blessée,
La machine est cassée
C’est terminé
Je reste déter
Mais pas déterminé
Je suis la trace indélébile
D’une histoire inutile
Mes yeux sont des couteaux
Qui transpercent des œufs
Et tranchent devant moi dans un réel futile
Pour défricher la jungle
Et déchiffrer la ville
Qui meurt sous trop de nombres
Je porte des lentilles très sombres
Les nombres sont des bombes
Le poison de la raison
On se mathématise jusqu’à la bêtise
On se matérialise et ça nous traumatise
Moi j’ai des chiffres dans le sang
Des chiffres dans la tête
Et c’est comme un squelette
Complètement décharné
Mon cœur est un gant rouge
Qui se bat dans une fête
De gens désincarnés
Et c’est les mêmes dans les tours
Les villas ou les petites maisons
Des zombies sans musique qui s’agitent en prison
En enfer je suis comme une nouvelle saison
Il neige dehors
Mais le froid va partir
La foudre tonne
Si mon cœur pèse une tonne
Je suis mon propre devenir
Dans le vent qui se lève
Je vole et je m’élève
Mon ventre s’évapore
Mon ventre d’ovipare
De serpent, de lézard,
Si je porte la mort au fin fond de mon corps
Sans plus d’effort je pars
Sur un fleuve impassible
Je quitte le port des porcs
La mort est un terreau fertile qui soupire
Son souffle de méthane m’attire
Et je m’étonne de voir comme ses jardins respirent
Car le printemps est un nouveau départ
Même si l’obscurité des profondeurs m’inspire
Le soir
J’y plante les racines d’un avenir
Sans faux espoir
Putain,
C’est le matin
Et le soleil s’étire
Janvier 2024
Le temps d’un verre
Je buvais un citron, nous n’étions pas pressés,
Et le soleil comme un ami me salua d’un geste,
Son éclat dans mon verre en doux rayons blessés
Découpa de l’agrume un morceau d’or céleste ;
Et le soleil comme un ami me salua d’un geste,
Son éclat dans mon verre en doux rayons blessés
Découpa de l’agrume un morceau d’or céleste ;
Puis parmi les glaçons qui restaient délaissés,
Sans plus de bain pour s’y mouvoir, ce petit zeste,
Cet îlot tropical, couvert de crustacés,
De coquillages blancs que le touriste infeste,
Sans plus de bain pour s’y mouvoir, ce petit zeste,
Cet îlot tropical, couvert de crustacés,
De coquillages blancs que le touriste infeste,
Se fit plage ensablée où tout esprit divague ;
Alors je voyageais dans ce verre étonnant
Dont la goutte avait pris la forme d’une vague,
Alors je voyageais dans ce verre étonnant
Dont la goutte avait pris la forme d’une vague,
Je me laissais bercer par le flot des vacances.
Quand d’un coup mon bateau se brisa, glas sonnant
Sur le sol, ravivant par sa mort mes souffrances.
Quand d’un coup mon bateau se brisa, glas sonnant
Sur le sol, ravivant par sa mort mes souffrances.
Janvier 2024
La poésie parle où la démonstration échoue.
Frénésies
J’avais arrêté d’écrire. Mais je suis retombé.
En passant dans une librairie avec ma mère et ma sœur, on s’était retrouvés parce que mamie venait de mourir, j’ai flâné vers le rayon poésie et l’enterrement avait lieu le lendemain ou quelque chose comme ça. J’étais habillé tout en noir, comme trop souvent, donc pas d’effort à faire. Mon œil s’est posé sur la couverture rose d’un bouquin qui traînait sans négligence. « La bouche fardée de gloss, je suis venue brûler la ville. » En gros, en bleu, en pleine face. Stéphanie Vovor. Drôle de nom. Je pense à Totor comme sa meuf surnommait Victor Hugo. J’ai feuilleté quelques pages, je suis tombé sur une saccade de vers en prose dans un style contemporain. Le genre qui me gonfle parce que c’est souvent creux mais en se donnant des airs de fulgurances. Genre trois vers sur une page et le reste vide, comme pour leur injecter de l’importance, du Botox, de la poudre de perlimpinpin, du grand débat, de la macronie, et d’autant plus d’importance qu’il a fallu abattre au moins un arbre pour faire le papier de cette feuille. Bref j’ai reposé le bouquin.
Je me dirige vers la sortie et j’aperçois ma mère à la caisse. Tu prends rien ? Non, j’aime pas acheter pour acheter. J’adorais acheter pour acheter dans les librairies avant. Mais maintenant je me suis rendu compte que des bouquins jamais lus s’empilent chez moi, et qu’il a fallu abattre au moins une forêt pour faire le papier de cette collection. Donc non, je prends rien. Ma sœur par contre, elle est pas du style à sortir sans rien d’une librairie, surtout si ma mère est dans les parages avec sa carte bleue prête à dégainer. 5386, bip, merci, au revoir.
Alors t’as pris quoi toi ? Et là je vois le livre rose dans les mains de ma sœur ! On est attirés par les mêmes trucs, nos histoires sont différentes mais on a baigné dans un inconscient commun, ça laisse des traces, des traces de gloss sur des lèvres enflammées de colère.
Un mois et demi plus tard. Rebelote. Ma seconde grand-mère meurt. Je retrouve ma mère et ma sœur sur le quai de la gare, pourquoi est-ce que je me retrouve lié à cette lignée de femmes deux fois de suite dans les mêmes circonstances, je sais pas, peut-être par hasard, peut-être pour que ce livre rose refasse surface. Elle me le donne. Je l’ai fini, j’ai adoré. Ça m’étonne pas. Ma sœur aussi elle est du genre à brûler les villes, même si elle est plus mascara que gloss, mais c’est un détail. Je me retrouve donc à entamer la lecture dans le train en constatant que beaucoup de passagers lisent aussi, même des jeunes. Les écrans perdraient-ils du terrain ? Tant mieux. Balle au centre. (tu parles!)
J’ai pris l’habitude de lire les préfaces, avec l’âge je suis devenu plus consciencieux, moins impatient. Je ne suis plus le jeune homme trop pressé que j’ai été. La préface est pas mal, ça donne plutôt envie. Premier poème. Vlan. Aïe. Comme si j’avais pris un grand coup de boule de coton. Ou plutôt une boule de poussière agglutinée dans un endroit où l’aspirateur n’a pas accès. J’ai plein d’images qui me remontent à la surface comme des cadavres mal lestés, le cafard de Vélizy, le brouillard gris, le panorama tranchés en deux par la barrière d’un balcon et encadré dans une grande baie vitrée de hlm. Chambre avec vue sur le néant. Un jeune homme trop pressé, qui ne pense qu’avec sa bite, et pas très consciencieux dans la façon de s’en servir. Mouais, c’est vrai, je me reconnais dans ce premier poème, je suis autant jeune homme que jeune femme. Dans les deux cas, on subit. Subitement. Bitement. Bêtement. Le monde est laid, on est laid, même notre plaisir est laid.
Je mâche le deuxième poème. Goût différent. Malabar bicolore. Rose et bleu. « A mes sœurs » Justement j’ai deux sœurs, pas très roses. Pas très bleues non plus d’ailleurs. L’une est plutôt noire comme moi et l’autre vert canard voire turquoise. Je sais plus de quoi il parlait celui-là. De la condition féminine peut-être. Sans doute. Tous les livres parlent de ça autour de moi. Toutes mes potes sont féministes. Je crois l’être aussi. Ça dépend du sens qu’on y met. Ce mot doit rester équivoque sinon je me tire.
J’ai fini le bouquin assez vite, pris dans une frénésie de mots. C’est d’ailleurs le titre. Frénésies. Comme quoi le monde est parfois bien foutu quand on laisse les poètes brûler les villes tranquillement. Je suis touché par cette écriture vive, réelle, impactante comme une série d’uppercuts, (encore des coups, oui) violente et fiévreuse, jeune et rageuse, brûlante et fardée. J’ai l’impression d’avoir une troisième sœur. J’ai envie de le dire à tout le monde. J’ai envie qu’on sache que cette fille existe. C’est égoïste, c’est parce que je me reconnais dans son génie et que je veux briller avec elle. Alors je lui pique une phrase, géniale évidemment, et je la partage sur Insta. « Quand on parvient à mettre des mots sur les choses c’est qu’on s’exprime mal » J’ajoute « trop balèze la meuf » Je la tague. Par politesse et puis parce que comme ça elle verra que quelqu’un a reconnu son talent et donc elle comprendra que ce quelqu’un est assez futé pour avoir reconnu son talent, voire que ce quelqu’un a peut-être même un peu de talent lui aussi. J’ai honte d’avoir encore besoin de reconnaissance mais c’est comme ça. Les failles narcissiques on peut les colmater avec toute sorte de remblais mais pas les faire disparaître.
Notification. Mme_de_v a aimé votre story. Commentaire « j’adore la formule ». Endorphine. Qu’est-ce que je répond ?
Et voilà, quelques heures plus tard on papote tapote, on se fait un peu potes. Je déteste les réseaux sociaux, j’y suis pour garder contact avec le monde, non pas du tout, en fait j’y suis pour ne pas perdre contact avec le monde. Mais j’avoue, pouvoir parler aussi facilement avec Mme_de_v, quel privilège. Et voilà comment je suis retombé. Depuis j’arrête pas de noter des idées de poèmes, j’éparpille quelques vers. Et j’écris ça, peut-être pour l’envoyer à Stéphanie ? Oui je vais faire ça tiens. Ce sera ma façon de dire merci.
Janvier 2024
Je partage avec vous ma réflexion incisive du matin, au risque de m'attirer les foudres de Zeus :
De la nécessité de tourner une page
Je voudrais éclaircir ma position, quant à cette partie de l’art qu’on continue d’hyper-médiatiser comme si rien d’autre ne pouvait lui succéder, celle qui s’est auto-détruite telle qu’elle était programmée pour le faire, mais autour de laquelle on continue de tourner, comme autour d’un trou noir, sans autre fin possible que de s’y effondrer ou d’y mourir dans une trajectoire orbitale infinie.
Je parle de cette course vers le minimalisme qui débute peut-être avec le Bauhaus, prolongée jusqu’à l’exploration du néant dans l’art contemporain (peut-on aller plus loin que l’art invisible ?). Bien sûr qu’il était nécessaire d’aller au bout de cette recherche, d’aller jusqu’à comprendre le rien dans le champs artistique, ou tout au moins de l’explorer jusqu’à s’y perdre.
Mais le néant a cet attribut particulier qu’il n’existe que conceptuellement, est-il utile de replonger jusqu’à Parménide ou de s’appuyer sur les théories scientifiques du vide pour le comprendre ? Depuis le départ on aurait pu pressentir qu’à force de retranchement « pour ne garder que l’essentiel » tel que se définit le projet minimaliste, il se trouverait que l’essentiel lui-même finirait par être retiré. Et à l’inverse des artistes conceptuels, l’essentiel de l’art est pour moi dans le ressenti, pas dans l’intellect. Aussi, comme je l’ai déjà formulé, j’insiste pour retrancher à mon tour à la manière de Kant, en amputant du champs artistique futur ce moignon qui aura eu le mérite de montrer immédiatement son absence de perspective, toute œuvre qui n’existerait que par l’explication qu’on en donne -en dehors de toute considération sensible : « là où il suffit, pour comprendre, de savoir ce qu’il faut comprendre, n’est pas de l’art. »
Ce cheminement me parait facile à saisir et je me demande comment et pourquoi, on continue de l’ignorer et d’insister dans l’art de notre époque sur cette culture du renoncement sensible au profit d’une dématérialisation intellectuelle. Pourquoi cette fascination pour le rien ? Va-t-on en parler infiniment, tout en sachant qu’il ne se rebiffera jamais pour nous contredire ? Rien de mieux que le vide pour remplir, remplir de tout, et donc de n’importe quoi.
Je me répète, il me semble pour ma part, que l’art est avant tout affaire de ressenti, pas d’intellect. On peut vous faire croire que vous ne comprenez rien, mais qui pourra vous dire que vous ne ressentez rien ? Combien d’œuvres récentes ont hissé les acteurs de l’art contemporain au-dessus d’un public rendu « ignare » ? En faisant passer les gens pour des idiots, en les rendant incapables de juger une œuvre, on leur confisque ce qui est sensé les habiter au plus profond d’eux-mêmes, on les coupe de l’inconscient collectif, on leur retire la culture. Ou pour le dire plus méchamment, on les vide eux-aussi de toute foi en leur propre sensibilité, on les rend parfaitement dociles en leur volant le cœur même de ce qui devrait leur permettre une approche autonome de l’art. Ce n’est pas un hasard si les dictatures se sont toutes attaquées aux artistes, et ce n’est pas un hasard non plus si on laisse perdurer et proliférer cette partie de l’art (légitime, je ne le nierai jamais), car elle ne contient plus rien, et particulièrement plus rien qui puisse ressembler à un semblant de subversion. Quelle aubaine pour une société de contrôle que des artistes qui jouent exactement son jeu.
J’insiste donc sur la double nécessité de laisser aux philosophes ce qui leur revient, la création de concepts (selon Deleuze), et que les artistes reprennent leur place, celle de la création sensible. Et ce n’est pas une insulte à l’art de dire qu’il ne peut pas tout faire, bien au contraire, car ce qu’il fait, lui seul est capable de le faire. Par « ce qu’il fait », j’entends tout le processus psychique qui lui permet de dévoiler l’inconscient d’une culture commune.
Ce qu’on étudie pour comprendre le passé, la culture des civilisations antiques, c’est en premier lieu leur art. Alors que faudra t-il comprendre de notre époque quand on s’intéressera peut-être un jour à un art du néant ?
Novembre 2023
L’assassin revient toujours sur les lieux de son crime.
Les victimes qui leur survivent aussi.
Les victimes qui leur survivent aussi.
Sans cesse, jusqu’à comprendre. D’abord comprendre qu’il leur est arrivé quelque chose, puis comprendre cette histoire particulière, à la fois si unique et si banale, si personnelle et si commune, et enfin comprendre pourquoi.
On passe son temps à provoquer des situations semblables à celles qui nous ont traumatisées. On se jette dans les bras des bourreaux, des violeurs, des pervers, des assassins. Une force incommensurable nous attire vers eux, une force qui porte parfois le nom d’admiration, d’autres fois d’amitié et parfois même d’amour. Ces mots n’ont de sens que ceux qu’on leur donne. L’attirance pour celui qui peut nous faire du mal est la même que celle pour celui qui peut nous faire du bien. Revivre le traumatisme jusqu’à la souffrance est parfois salvateur si l’on y comprend quelque chose.
Alors pour les victimes, comprendre devient une question vitale, parce qu’on ne revit pas éternellement ses traumatismes sans y laisser sa peau. Se jeter à corps perdu dans une relation perverse c’est faire le funambule au-dessus du vide en marchant sur un filin chauffé à blanc. On est pas loin du suicide, on veut mourir pour renaître. Certains meurent et ne renaissent pas.
J’ouvre une parenthèse sur les liens qui ont parfois été établis entre les personnes à haut-potentiel et leur tendance à être des cibles idéales. Certains observateurs et spécialistes en tous genres, constatent que le haut-potentiel va de paire avec un profond mal-être, comme si l’intelligence plongeait les gens dans une souffrance inéluctable, comme si l’intelligence menait à l’incapacité de vivre une vie heureuse, comme si l’intelligence était une tare indésirable. Je vois l’inverse, tout l’inverse. Le haut-potentiel est une conséquence avant d’être une cause, il est le fruit d’une vie qui aurait été insurmontable sans le développement de facultés particulières, de stratégies de survie, d’une inébranlable volonté de comprendre, d’un puissant désir de vivre. On devient plus sensible pour mieux anticiper les dangers. On devient plus intelligent parce qu’on a pas le choix. Prévoir d’où viendra le prochain coup. Comprendre ou mourir. Fin de parenthèse.
On trouve dans les livres une infinité de définitions quant à l’intelligence, pour ma part je n’en garderais qu’une : la faculté de comprendre. Comprendre, c’est « prendre en soi », c’est accueillir l’étranger, c’est retrouver en soi des façons d’être qui nous semblent distante. Alors revenons-en à ces besoins qui hantent toutes les victimes. Comprendre qu’il leur est arrivé quelque chose de particulier, c’est comprendre que l’évènement traumatique traversé ne fait pas partie de la normalité vécue par les autres. Par contraste on comprend que ce que nous avions intégré comme une banalité n’est pas tout à fait anodin, et la tragédie ne dévoile sa nature que par une lecture a posteriori. Par similarité avec d’autres récits, on peut enfin mettre des mots sur ces épisodes douloureux de nos vies et dont les douleurs psychiques se sont amplifiées et immiscées partout au lieu de disparaître, des mots aussi équivoques que viol, agression, emprise, violence, des mots dont la liste est sans fin. Alors seulement on est capable d’affirmer, si longtemps après, qu’on a été victime. Oui j’ai été agressé, oui j’ai été battu, oui j’ai été violé, oui j’ai failli être assassiné. C’est un pas de géant pour soi, pourtant le plus difficile reste à venir, car il faudra prendre la place du bourreau, de l’agresseur, du violeur, de l’assassin.
Comprendre pourquoi, c’est trouver en soi les motivations les plus sombres qui nous habitent tous. Voir en face nos désirs de destruction. Nos désirs meurtriers. Ces pulsions que nous avons appris à ne plus écouter, il faut désormais apprendre à les reconnaître pour mieux les entendre. Si par chance nous avons su tourner notre agressivité ailleurs que vers autrui, ou si nous avons su la transformer, voire la sublimer dans des oeuvres d’art, certains n’ont pas pu le faire pour des raisons qui leurs sont propres et à cause de parcours de vie qui ne sont pas les nôtres.
Je n’ai pas voulu parler de mon histoire personnelle car la pudeur m’en empêche mais j’espère pouvoir éclairer certains d’entre vous car je sais à quelle point ces questions sont récurrentes. La société contemporaine n’est pas seulement gangrenée par les relations perverses, elle est bâtie toute entière sur des postulats malsains. Les combats de victimes se multiplient pour qu’elles retrouvent leur dignité d’une part mais surtout leur joie de vivre. Aussi je me reconnais dans les luttes féministes, anticapitalistes, écologiques, parce qu’elles ont toute en commun de se retourner contre les agresseurs auxquels on a laissé bien trop de place, bien trop de pouvoir en les laissant croire à leur légitimité. Il n’en ont aucune sinon celle de dévoiler au monde les horreurs qu’ils incarnent. Je pense bien sur aux nombreux hommes et quelques femmes politiques qui nous gouvernent car ils sont déjà identifiés par une bonne partie de la population, mais on trouve aussi le même type de structures psychologiques dangereuses à des postes dont la perversité est plus sournoise. Les hôpitaux par exemple, sont des lieux ou l’autorité s’exerce facilement car le commun des mortels doit s’en remettre au corps médical sur parole. Quel endroit idéal pour exercer son pouvoir de domination sur des victimes déjà affaiblies et prêtes à tout pour survivre ? Le désir de vie des uns nourrit le désir de mort des autres. Mais ces dérives perverses connaissent tant d’autres lieux propices à leurs institutions : les tribunaux, les banques, les commissariats, les entreprises, les familles, les couples, les écoles, les terrains de sport, les galeries d’art... Partout finalement car la société contemporaine est toute entière bâtie sur des rapports de pouvoirs. Tous, nous choisissons nos maîtres et nos bourreaux dans la logique de revivre nos traumatismes jusqu’à les comprendre enfin.
2023
Comment lire de la poésie ?
Après les atrocités qu’on nous a infligées à l’école, combien d’entre nous sont devenus étrangers à la poésie. Car ce n’est pas la poésie elle-même qui est hermétique, mais bien nous qui ne savons plus nous ouvrir à elle. A force de l’étudier, de l’analyser, d’essayer de la comprendre, on l’a transformée en objet d’étude là où elle ne devrait être qu’une porte ouverte sur le monde, un grand espace où peuvent résonner nos sens.
La poésie devrait se lire comme on écoute de la musique. Tout le monde peut prendre plaisir à en écouter, pas seulement les spécialistes ou les musiciens, tout le monde, parce qu’il n’est pas nécéssaire de connaître le solfège, l’harmonie, la technique, le vocabulaire, ni quoi que ce soit pour pouvoir être touché par elle. Certes l’oreille s’affine et les goûts évoluent mais l’accès est ouvert à tous. Il n’est pas nécessaire de comprendre la musique pour la ressentir.
La poésie devrait être abordée avec la même virginité de savoir. Pour la lire, il faut d’abord se défaire de cette idée inculquée qu’elle n’est réservée qu’à une élite érudite. On peut même écrire de la poésie sans connaître la moindre de ses règles, et même en écrire sans volonté de donner sens au texte car ce qui importe ce n’est pas ce que disent les mots mais précisément tout ce qu’ils ne peuvent pas dire. Comme on peut siffloter un air qui nous vient ou murmurer quelques notes.
Novembre 2022
Tout n’était plus qu’obscurité
La glace avait tout recouvert.
Et pour me consoler, je me disais
« La mort a sa beauté. »
La glace avait tout recouvert.
Et pour me consoler, je me disais
« La mort a sa beauté. »
Je suis entré dans l’hiver
Par une porte dérobée,
Elles s’est ouverte par ces vers
Alors que tu m’accompagnais.
Par une porte dérobée,
Elles s’est ouverte par ces vers
Alors que tu m’accompagnais.
L’éclat du jour, comme un frisson doré,
Traversa tout l’espace ;
Il glissa dans la nuit, déposant sur la glace
Une pluie de photons et diamants colorés.
Traversa tout l’espace ;
Il glissa dans la nuit, déposant sur la glace
Une pluie de photons et diamants colorés.
Ton œil était ouvert
Et tu me regardais
Avec tant de douceur
Que sa lumière
Me violentait.
Et tu me regardais
Avec tant de douceur
Que sa lumière
Me violentait.
Lors tout se mit à fondre,
Et mon cœur, et la glace.
Et mon cœur, et la glace.
Dessous, des rochers noirs
Déchiraient la surface.
Déchiraient la surface.
Montrant leurs dents infâmes
Il semblaient menacer
D’avaler nos deux âmes.
Il semblaient menacer
D’avaler nos deux âmes.
Mais ton regard encore
Me mit sur le chemin,
Je pris ces monstres affreux
Dans le creux de ma main
Et ton œil enchanté
Les réduisit en poudre,
Comme si l’obscurité
S’était laissée dissoudre.
Me mit sur le chemin,
Je pris ces monstres affreux
Dans le creux de ma main
Et ton œil enchanté
Les réduisit en poudre,
Comme si l’obscurité
S’était laissée dissoudre.
Octobre 2022
Quand on devient source de lumière, on ne voit plus les ombres.
Octobre 2022
Le liquide était noir, épais, pétrolifère,
Et les parois de fer étaient interminables,
J’avais si mal au cœur que je me laissais faire,
Emporté par les flots, submergé par l’Enfer.
J’étais presque noyé sous le ciel tournoyant,
Quand des ongles pointus lentement descendirent
Pour me sortir de là. Puis deux gros yeux putrides
Aux sourcils effrayants, sur mon cas s’arrêtèrent.
Une langue fourchue approcha de ma tête,
Comme ces mamans là dont la salive est chaude
Qui pour vous nettoyer se changent en crapaudes,
Alors sortant les dents, je mordis dans sa chair
Et la sorcière hurla comme une horrible bête.
Et les parois de fer étaient interminables,
J’avais si mal au cœur que je me laissais faire,
Emporté par les flots, submergé par l’Enfer.
J’étais presque noyé sous le ciel tournoyant,
Quand des ongles pointus lentement descendirent
Pour me sortir de là. Puis deux gros yeux putrides
Aux sourcils effrayants, sur mon cas s’arrêtèrent.
Une langue fourchue approcha de ma tête,
Comme ces mamans là dont la salive est chaude
Qui pour vous nettoyer se changent en crapaudes,
Alors sortant les dents, je mordis dans sa chair
Et la sorcière hurla comme une horrible bête.
Octobre 2022
Déchaînement
La nuit passe au dehors, comme un texte qu’on lit
Aux lueurs intrigantes d’un vieux candélabre,
Et sur le plafond vert se tord l’ombre macabre
D’un condamné qui rêve hanté par son délit ;
Aux lueurs intrigantes d’un vieux candélabre,
Et sur le plafond vert se tord l’ombre macabre
D’un condamné qui rêve hanté par son délit ;
Ses yeux s’ouvrent d’un coup, son front fiévreux pâlit,
Le mur épris de vent se courbe comme un sabre
Et flottant, le plancher soudainement se cabre
Sur la montagne en feu qui roule hors de son lit.
Le mur épris de vent se courbe comme un sabre
Et flottant, le plancher soudainement se cabre
Sur la montagne en feu qui roule hors de son lit.
La ville est suspendue ainsi qu’un lourd pendule
Au-dessus du sommeil éternel qui l’attend,
Mais elle sort du coma, le visage incrédule,
Au-dessus du sommeil éternel qui l’attend,
Mais elle sort du coma, le visage incrédule,
Quand par une embrasure un monstre de lumière
À travers les barreaux se dilate et s’étend
Jusqu’à la recouvrir d’étoiles toute entière.
À travers les barreaux se dilate et s’étend
Jusqu’à la recouvrir d’étoiles toute entière.
Octobre 2022
Lumière
Une lumière avance, ignorant tout obstacle,
Elle inonde l’hiver de ses pas printaniers,
Immensément ouverts, elle a des yeux d’Oracle
Qui déploient les bourgeons des vieux mandariniers ;
Elle inonde l’hiver de ses pas printaniers,
Immensément ouverts, elle a des yeux d’Oracle
Qui déploient les bourgeons des vieux mandariniers ;
Chacun de ses regards est un profond spectacle
Qui libère en mon cœur les rayons prisonniers,
Et leur chaleur orange a l’effet d’un miracle
Sur les fruits gris et verts pourris dans les paniers.
Qui libère en mon cœur les rayons prisonniers,
Et leur chaleur orange a l’effet d’un miracle
Sur les fruits gris et verts pourris dans les paniers.
Les pyrocumulus humblement lui font place
Car sa lèvre a le goût d’un horizon de feu
Et son rire a le don de fendre tout l’espace
Car sa lèvre a le goût d’un horizon de feu
Et son rire a le don de fendre tout l’espace
Tel un ciel noir, hideux, qu’une étoile mutile ;
Elle a couché sa peau contre moi dans l’enfeu
Et son baiser m’atteint comme un doux projectile.
Elle a couché sa peau contre moi dans l’enfeu
Et son baiser m’atteint comme un doux projectile.
Octobre 2022
I
L’ombre de la décadence
Je me perds bien souvent dans un vieux labyrinthe,
Un dédale infini dont chaque étroit couloir
Est un nouvel Enfer hanté par un helminthe.
Dans ces longs corridors quand arrive le soir,
Un dédale infini dont chaque étroit couloir
Est un nouvel Enfer hanté par un helminthe.
Dans ces longs corridors quand arrive le soir,
Que mon cerveau divague excité par l’absinthe,
J’avance en tâtonnant armé d’un grand tranchoir ;
Un couteau dont le manche orné de térébinthe
Est serti d’un acier plus coupant qu’un rasoir.
J’avance en tâtonnant armé d’un grand tranchoir ;
Un couteau dont le manche orné de térébinthe
Est serti d’un acier plus coupant qu’un rasoir.
Je traque un Minotaure, un Titan redoutable
Qui dans l’ombre m’inflige un mal insoutenable.
J’ai cru parfois le voir mais jamais ne l’ai prit,
Qui dans l’ombre m’inflige un mal insoutenable.
J’ai cru parfois le voir mais jamais ne l’ai prit,
Aussitôt que j’approche il semble disparaître,
Ce mythe c’est le mien, c’est moi qui l’ai fait naître,
Méandres de mon corps, monstre de mon esprit.
Ce mythe c’est le mien, c’est moi qui l’ai fait naître,
Méandres de mon corps, monstre de mon esprit.
II
La décadence de l’ombre
De ma tête est sorti le disque de Hyacinthe,
Mon saphir a creusé dans ce soleil trop noir
Des sillons si profond qu’il en porte l’empreinte,
Vidant ainsi mon cœur de passions sans espoir.
Mon saphir a creusé dans ce soleil trop noir
Des sillons si profond qu’il en porte l’empreinte,
Vidant ainsi mon cœur de passions sans espoir.
Je n’ai pu terrasser ni l’horreur, ni la crainte,
Les regarder en face était mon seul pouvoir ;
Le Minotaure et moi, dans une étrange étreinte,
Avons pleuré, signant la paix sur un mouchoir.
Les regarder en face était mon seul pouvoir ;
Le Minotaure et moi, dans une étrange étreinte,
Avons pleuré, signant la paix sur un mouchoir.
Aussi j’ai pardonné le monstre impardonnable
Et jeté dans le vent quelques poignées d’un sable
Venu des froids déserts dont je m’étais épris.
Et jeté dans le vent quelques poignées d’un sable
Venu des froids déserts dont je m’étais épris.
Cet obscur parasite a de nombreux ancêtres
Mais pas de descendance à qui donner ces lettres
Ô joie de les frapper du sceau des incompris !
Mais pas de descendance à qui donner ces lettres
Ô joie de les frapper du sceau des incompris !
Octobre 2022
Satan empoisonné
« _Ça tire, se morfond, tourne… Oh, verse encore !
_La magie opère, tu es saoul et fait de lait froid
Comme un sang blanc de sein placide. »
Satyre, ce mort, fond, tourne au vert. Sans corps
L’âme agit. Au Père ! Tué, sous l’effet de l’effroi
Commun. Semblant de simple acide,
C’est Satan, ailes sombres,
Cessant son délit, cœur mort. Elle
Est sa mère, et sous l’ampleur de ses maux,
S’alarme et doucement, songe, erre,
Cesse, attend. Elle sombre.
Ses sangs sont des liqueurs mortelles.
Est-ce amer ! Et saoule, en pleurs de ces mots,
Sa larme est douce, mensongère…
_La magie opère, tu es saoul et fait de lait froid
Comme un sang blanc de sein placide. »
Satyre, ce mort, fond, tourne au vert. Sans corps
L’âme agit. Au Père ! Tué, sous l’effet de l’effroi
Commun. Semblant de simple acide,
C’est Satan, ailes sombres,
Cessant son délit, cœur mort. Elle
Est sa mère, et sous l’ampleur de ses maux,
S’alarme et doucement, songe, erre,
Cesse, attend. Elle sombre.
Ses sangs sont des liqueurs mortelles.
Est-ce amer ! Et saoule, en pleurs de ces mots,
Sa larme est douce, mensongère…
Octobre 2022
Inachevé
Sous ton regard brûlant comme une fleur d’épice,
Je sens parfois le mien qui se met à flamber
Alors je m’en détourne pour ne pas tomber
Car il est plus profond et noir qu’un précipice.
Je sens parfois le mien qui se met à flamber
Alors je m’en détourne pour ne pas tomber
Car il est plus profond et noir qu’un précipice.
Et quand il me poursuit, ses larmes de malice
Se jettent dans mes yeux pour mieux les imbiber,
Il y a tant de façons pour moi d’y succomber,
Et pourtant l’éviter m’est un odieux supplice.
Se jettent dans mes yeux pour mieux les imbiber,
Il y a tant de façons pour moi d’y succomber,
Et pourtant l’éviter m’est un odieux supplice.
Octobre 2022
Je ne me vide pas.
Je me remplis de vide.
Octobre 2022
L’apoésie
Cinq plus cinq égalent dix
Une main plus une main
Demain
Je est un autre jour
Je est
Jeest
Jist
Liste
Franz Lizt
Chope un Frederick
Hunter
Chasseur
Chaussure
Pied
Pied plus pied égalent dix
Pieds plus mains égalent vingt
Le compte est bon
Ton compte est bon
Brute truand
Brutruand
Brut Ruant
Rut rut
Onomatopée
Ono m’a tapé
Yoko
Yokoyok
Kayak
Hibou
Grand Duc
Granduc
Glandu
Du gland
Du chêne
Du solide
Du bon
De la brute
Du truand
Dutruand
En détresse
Des tresses
Des cordes
Des violons
Des violes
Des ravioles
Des rats violent
Des souris et des hommes
Des sourires sur des pommes
Une main plus une main
Demain
Je est un autre jour
Je est
Jeest
Jist
Liste
Franz Lizt
Chope un Frederick
Hunter
Chasseur
Chaussure
Pied
Pied plus pied égalent dix
Pieds plus mains égalent vingt
Le compte est bon
Ton compte est bon
Brute truand
Brutruand
Brut Ruant
Rut rut
Onomatopée
Ono m’a tapé
Yoko
Yokoyok
Kayak
Hibou
Grand Duc
Granduc
Glandu
Du gland
Du chêne
Du solide
Du bon
De la brute
Du truand
Dutruand
En détresse
Des tresses
Des cordes
Des violons
Des violes
Des ravioles
Des rats violent
Des souris et des hommes
Des sourires sur des pommes
Octobre 2022
Perversion
Né de la venaison d’une force malsaine,
Je me suis déplié comme un sac de cobras,
Arachnide âcre et vil, j’ai dix yeux, j’ai cent bras
Et ce corps est pourri par un sang noir de haine.
Je me suis déplié comme un sac de cobras,
Arachnide âcre et vil, j’ai dix yeux, j’ai cent bras
Et ce corps est pourri par un sang noir de haine.
Crachant dans le calice orné d’or sur l’autel,
Je concocte un venin dont mon oeil se délecte,
Car j’aime à voir souffrir celle à qui je l’injecte,
Mon dosage est puissant mais il n’est pas mortel.
Je concocte un venin dont mon oeil se délecte,
Car j’aime à voir souffrir celle à qui je l’injecte,
Mon dosage est puissant mais il n’est pas mortel.
Ma musique est précise et ma rime absolue,
Je ne suis qu’un poème et pourtant tu me veux,
Tes yeux posés sur moi sont plus que des aveux,
Tu crois m’avoir cerné mais c’est moi qui t’ai lue.
Je ne suis qu’un poème et pourtant tu me veux,
Tes yeux posés sur moi sont plus que des aveux,
Tu crois m’avoir cerné mais c’est moi qui t’ai lue.
Plus tu veux me haïr et plus je te possède,
Mon charme t’ensorcelle alors que tu sais tout :
Tu sais que mon poison se propage partout,
Et qu’il détruit l’amour que ton cœur lui concède ;
Mon charme t’ensorcelle alors que tu sais tout :
Tu sais que mon poison se propage partout,
Et qu’il détruit l’amour que ton cœur lui concède ;
Tu sais que je suis vide et pourtant tu t’étonnes
De n’entendre en mon sein que l’écho du néant ;
Tu sais mais ne veux croire en ce gouffre béant
Qui jamais ne s’emplit de ce que tu lui donnes.
De n’entendre en mon sein que l’écho du néant ;
Tu sais mais ne veux croire en ce gouffre béant
Qui jamais ne s’emplit de ce que tu lui donnes.
Oui j’ai ce rire affreux de sorcière ou de hyène,
Oui je suis ton Enfer, oui je suis ta prison,
Et pour te faire aimer ce délicat poison,
J’ai conçu ma toxine à partir de la tienne.
Oui je suis ton Enfer, oui je suis ta prison,
Et pour te faire aimer ce délicat poison,
J’ai conçu ma toxine à partir de la tienne.
Octobre 2022
Clair obscur
Ô sombre obscurité des noirceurs ténébreuses
Et toi blanche lumière aux éclats scintillants !
Votre amour impossible a des creux effrayants
Comme autant de sommets, crêtes vertigineuses !
Et toi blanche lumière aux éclats scintillants !
Votre amour impossible a des creux effrayants
Comme autant de sommets, crêtes vertigineuses !
Octobre 2022
L'artiste, a la différence des autres créateurs, agit dans le présent sans autre forme d’espérance que celle d'une finitude infinie. L’œuvre est la représentation, la manifestation, d'un désir du "maintenant pour toujours"
Octobre 2022
Au monde
Ô ventre de lumière, ô profonde Nature,
Ô Dénominateur, plasma primordial,
Recouvre ma psyché, reçois mon ossature,
Que ta langue de feu goute un sang glacial !
Ô Dénominateur, plasma primordial,
Recouvre ma psyché, reçois mon ossature,
Que ta langue de feu goute un sang glacial !
Dévore ton enfant, reprend ta créature ;
Qu’en mon crâne évidé ton souffle bestial
Joue un air ténébreux de basse tessiture
Et qu’en ton ciel s’élève un cantus nuptial !
Qu’en mon crâne évidé ton souffle bestial
Joue un air ténébreux de basse tessiture
Et qu’en ton ciel s’élève un cantus nuptial !
Les clous de mon cercueil t’entaillent l’utérus
Comme un accord final foudroyé par l’orchestre,
Je suis l’oeil sidéral expulsé d’un anus
Comme un accord final foudroyé par l’orchestre,
Je suis l’oeil sidéral expulsé d’un anus
Qui s’effondre à genoux sur l’épave terrestre ;
Et parcourant la peau qu’est son magma gelé,
Je sens nos coeurs nourris d’un même sang-mêlé.
Et parcourant la peau qu’est son magma gelé,
Je sens nos coeurs nourris d’un même sang-mêlé.
Septembre 2022
Outrancière beauté dont l’insipide émane
Comme de ces tableaux, trop parfaits, trop finis
Vous ignorez l’horreur de mes yeux démunis
Et la laideur qui danse aux tréfonds de mon crâne
Comme de ces tableaux, trop parfaits, trop finis
Vous ignorez l’horreur de mes yeux démunis
Et la laideur qui danse aux tréfonds de mon crâne
« Le talent, c’est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir. »
Arthur Schopenhauer
Août 2022
Alexandrin cachés dans des octosyllabes
J’ai caché dans ces vers étranges
L’inévitable alexandrin
Dans les paniers remplis d’oranges
J’ai ajouté de beaux raisins
Raisin de table évidement
Mais un problème nous dérange
Il faut finir rapidement
Tout ce qu’on lit, tout ce qu’on mange...
L’inévitable alexandrin
Dans les paniers remplis d’oranges
J’ai ajouté de beaux raisins
Raisin de table évidement
Mais un problème nous dérange
Il faut finir rapidement
Tout ce qu’on lit, tout ce qu’on mange...
Août 2022
Comme un toit de buvard
S’imposait sous les cieux,
J’errais silencieux
Avec l’esprit bavard ;
S’imposait sous les cieux,
J’errais silencieux
Avec l’esprit bavard ;
L’épais sous-bois de vase
À la couleur de boue,
Ne tenant plus debout
Se brisait comme un vase,
À la couleur de boue,
Ne tenant plus debout
Se brisait comme un vase,
Et son lait, morcelé
Par les branches noueuses
De cette nuit boueuse,
Semblait ensorceler
Par les branches noueuses
De cette nuit boueuse,
Semblait ensorceler
La forêt de ma tête,
Racine et chevelure ;
J’allais à vive allure
En rêvant à tue-tête.
Racine et chevelure ;
J’allais à vive allure
En rêvant à tue-tête.
Août 2022
Dans l’ombre
À travers la froideur des ténèbres boueuses,
Son ardeur contenue au cœur d’un petit œuf,
Elle attend que le jour impose un rayon neuf
Pour étendre en la nuit ses veinules noueuses.
Son ardeur contenue au cœur d’un petit œuf,
Elle attend que le jour impose un rayon neuf
Pour étendre en la nuit ses veinules noueuses.
Là, tout est noir encore et son œil ne voit rien
Qu’un infini chaos de matière organique,
Alors comme un serpent somnolent qui fornique,
Elle remue au hasard son membre de saurien.
Qu’un infini chaos de matière organique,
Alors comme un serpent somnolent qui fornique,
Elle remue au hasard son membre de saurien.
Par sa force elle enfonce un piteux radicule
En brisant la moiteur de l’épais tégument,
Dans un enfer compact qui se montre clément
Pour mieux subir le viol de ce ver qui l’encule.
En brisant la moiteur de l’épais tégument,
Dans un enfer compact qui se montre clément
Pour mieux subir le viol de ce ver qui l’encule.
Alors comme abreuvée à des philtres vicieux
Ancrée au sein gonflé de la mère éternelle,
Elle arrache à son corps sa robe et sa dentelle
Puis lance un tentacule aiguillé vers les cieux.
Ancrée au sein gonflé de la mère éternelle,
Elle arrache à son corps sa robe et sa dentelle
Puis lance un tentacule aiguillé vers les cieux.
Cette trompe se tord et se perd et se plie,
De désirs habitée, elle insiste beaucoup
Jusqu’à se libérer, se déployer d’un coup
Et ce germe inquiétant ressemble à la folie.
De désirs habitée, elle insiste beaucoup
Jusqu’à se libérer, se déployer d’un coup
Et ce germe inquiétant ressemble à la folie.
Juin 2022
À force d’éclairage de l’inconscient, et d’étendue de la vision de son paysage, le psychisme suffit de plus en plus a l’expérience.
Et plus le regard métaphysique est habité de conscience, plus l’enveloppe charnelle laisse place au psychisme. On voit à travers les individualités, les choses et toutes les relations qui les maintiennent mécaniquement animées.
Ce que ce regard balaie est la part commune de la chose hors de nous qui se dévoile sous nos yeux et la part en nous qu’elle nous révèle. L’inconscient collectif est donc cette nébuleuse infiniment en mouvement, faite de pierres à mille facettes qui se renvoient en permanence leurs lumières.
Ce que ce regard balaie est la part commune de la chose hors de nous qui se dévoile sous nos yeux et la part en nous qu’elle nous révèle. L’inconscient collectif est donc cette nébuleuse infiniment en mouvement, faite de pierres à mille facettes qui se renvoient en permanence leurs lumières.
Avril 2022
Enfant dans le chaos
Écoute l’ouragan qui fait siffler la cendre,
Il a son propre chant.
Si tu peux le comprendre,
Danse aux derniers rayons du soleil se couchant !
Il a son propre chant.
Si tu peux le comprendre,
Danse aux derniers rayons du soleil se couchant !
Regarde la noirceur du firmament s’étendre
Dans le regard méchant
De ceux qui sans l’entendre
Ont refermé sur eux leur tombe en se cachant !
Dans le regard méchant
De ceux qui sans l’entendre
Ont refermé sur eux leur tombe en se cachant !
Enfant qui me voit rire au beau milieu des flammes,
Ai-je un regard dément
Orné de pentagrammes
Ou celui d’un mortel au vif pétillement ?
Ai-je un regard dément
Orné de pentagrammes
Ou celui d’un mortel au vif pétillement ?
Toi tu t’es libéré de ce qui les encombre,
Leur triste surdité
Aux musiques de l’ombre
A changé chacun d’eux en squelette alité !
Leur triste surdité
Aux musiques de l’ombre
A changé chacun d’eux en squelette alité !
Toi tu vois la lumière encore où tout est sombre,
Et dans l’obscurité
Tu as pour le grand nombre
La clé qu’il ne voit pas d’une autre vérité !
Et dans l’obscurité
Tu as pour le grand nombre
La clé qu’il ne voit pas d’une autre vérité !
Enfant qui me voit rire au beau milieu des flammes,
Ai-je un regard dément
Orné de pentagrammes
Ou celui d’un mortel au vif pétillement ?
Ai-je un regard dément
Orné de pentagrammes
Ou celui d’un mortel au vif pétillement ?
Janvier 2022
J’ai rêvassé longtemps parmi les traces de chewing-gums et de pisse de chien.
Le ciel est pour beaucoup la toile où l’imagination dessine, un tableau sur fond bleu ; une feuille blanche. Moi, j’ai surtout vogué sur des fleuves de bitume, trottoirs gris et goudrons noirs. Comme je marchais dans les rues, m’était venue l’habitude de repérer les accidents du sol et d’y trouver des formes, comme on fait d’ordinaire avec les nuages. Les motifs anthropomorphiques s’imposaient le plus naturellement, partout je discernais des crânes torturés et des visages monstrueux, mais le plus souvent, d’étranges méduses déployaient leurs larges filaments juste à mes pieds. L’élégante faune des grands fonds m’apparaissait dans la multitude des traces de pisse de chien.
Telle était ma sorcellerie quotidienne, mes dons extralucides se manifestaient sans cesse et malgré moi. Chaque jour je partais pour un voyage dans l’obscurité de mes profondeurs, lisant mon avenir de méduse en méduse, de trace de pisse en trace de pisse. Car je marchais tête baissée, dos voûté, d’un pas rapide comme si j’allais défoncer un mur avec mon front. Je portais sur les épaules un monde pesant.
Novembre 2021
Au discret comédien
S’il joue un vieux crapaud, je vous en prie, actrices,
Gardez pour les damnés vos baisers impromptus,
N’en faites pas un prince, ô lèvres destructrices,
Son cri souffle un air pur, sa bave a ses vertus !
Gardez pour les damnés vos baisers impromptus,
N’en faites pas un prince, ô lèvres destructrices,
Son cri souffle un air pur, sa bave a ses vertus !
Et ses yeux sont deux nids où des mains protectrices
Ont caché des diamants, noirs, profonds et pointus,
Qui roulent en lavant nos vives cicatrices,
Comme si nous n’avions jamais été battus.
Ont caché des diamants, noirs, profonds et pointus,
Qui roulent en lavant nos vives cicatrices,
Comme si nous n’avions jamais été battus.
Son ombre est une flamme qui danse en passant ;
Éclairant nos douleurs d’une éternelle aurore,
Il sort d’entre ses crocs un feu rude et puissant.
Éclairant nos douleurs d’une éternelle aurore,
Il sort d’entre ses crocs un feu rude et puissant.
Pour nous avoir ému tant de fois jusqu’ici,
Je veux lui répéter ce mot trop vide encore :
Merci, merci, merci, merci, merci, merci…
Je veux lui répéter ce mot trop vide encore :
Merci, merci, merci, merci, merci, merci…
(à Denis Lavant)
Septembre 2021
Le bon goût c’est de ne pas se laisser influencer par le bon goût.
Mai 2021
J’attends parfois le train sur le quai du sommeil
Espérant que ses rails me mènent sans égard
Ni honte, ni pitié, jusqu’à ton doux regard
Avant de dérailler au chant mort du réveil.
Espérant que ses rails me mènent sans égard
Ni honte, ni pitié, jusqu’à ton doux regard
Avant de dérailler au chant mort du réveil.
Mai 2021
Inachevé
Tu feins la perfection pour qui veut bien te suivre
Et ta victime en proie à de beaux sentiments
Boit sans plus de raison tous tes beaux compliments
Jusqu’à s’en rendre aveugle et complètement ivre.
Et ta victime en proie à de beaux sentiments
Boit sans plus de raison tous tes beaux compliments
Jusqu’à s’en rendre aveugle et complètement ivre.
Sous ton emprise alors, s’ouvre un tout autre livre,
Écrit par Machiavel ou par d’autres déments
On y voit ton grand vide, on y lit que tu mens
Ton masque disparaît, ta chaleur se fait givre.
Écrit par Machiavel ou par d’autres déments
On y voit ton grand vide, on y lit que tu mens
Ton masque disparaît, ta chaleur se fait givre.
Mai 2021
Par les mystères d’Isis
J’entaillais jusqu’au sang des heures immortelles,
Reclus dans ma cellule en tirant sur mes fers
Et quand le sol pourri libéra les Enfers,
Ce n’est pas Belzébuth qui me prêta ses ailes ;
Reclus dans ma cellule en tirant sur mes fers
Et quand le sol pourri libéra les Enfers,
Ce n’est pas Belzébuth qui me prêta ses ailes ;
C’est une étrange muse aux iris d’étincelles,
Qui, me tendant les bras, ouvrit mes yeux amers
Et son plumage inouï fit vibrer l’univers
Comme une fleur immense éployant ses ombelles.
Qui, me tendant les bras, ouvrit mes yeux amers
Et son plumage inouï fit vibrer l’univers
Comme une fleur immense éployant ses ombelles.
Ses élytres de Sphinx occultaient ses mystères
Et son corps ne portait que d’intrigants atours :
Un trône et le soleil comme un diable encorné.
Et son corps ne portait que d’intrigants atours :
Un trône et le soleil comme un diable encorné.
Impavide elle allait de gouffres en cratères
Secourir les damnés, éclipsant les vautours
Qui tournoyaient sur eux comme sur un mort-né.
Secourir les damnés, éclipsant les vautours
Qui tournoyaient sur eux comme sur un mort-né.
Mai 2021
Cher monsieur,
J’ai enregistré tout ce que vous disiez et j’ai passé la bande dans nos machines. L’intelligence artificiel DB038 version 7.0.1 a analysé votre discours. Il en ressort des résultats surprenants mais nous sommes formels quant à notre diagnostic. Le psychiatre arrive pour vous exposer la marche à suivre, avec bienveillance bien entendu, qui vous permettra de remettre du sens dans votre vie et de ne plus monter en bas alors que le reste du corps social a toujours monté en haut, avec bienveillance bien entendu, et que personne ne saurait monter dans l’autre sens, même avec bienveillance bien entendu. Il est bien entendu que ce diagnostic s’applique à tous et que personne ne veut répondre de ses actes devant notre intelligence artificielle qui détient seule le pouvoir de choisir dans quelle direction monter ainsi que celui de définir l’altitude du corps social dont l’habitus et le conatus sont intimement liés par notre intelligence artificielle résolue à poser des diagnostics d’une fiabilité encore jamais égalée dans la psychiatrie de la seconde partie de la moitié supérieure du ciel, à savoir par delà une altitude de 3999 mètres. Les escaliers roulants sont d’une autre époque et les ascenseurs nous rappellent combien nous sommes mortels. La machine elle jamais ne se trompe. La machine elle. La trompe machine elle jamais ne se trompe.
Mai 2021
I/O
Quand en votre âme Isis a posé la lumière
De son œil hypnotique, il se lève un printemps
Sur votre corps de glace et c’est une rivière
De sève et de diamants qui s’écoule en chantant
À sa place.
De son œil hypnotique, il se lève un printemps
Sur votre corps de glace et c’est une rivière
De sève et de diamants qui s’écoule en chantant
À sa place.
Quand en face Osiris ouvre sur votre corps
Son regard nilotique, une extase profonde
Descend jusqu’en votre âme, et c’est tout le décor,
Plus obscur qu’un tombeau, qui vous prend, vous inonde
Et s’enflamme.
Son regard nilotique, une extase profonde
Descend jusqu’en votre âme, et c’est tout le décor,
Plus obscur qu’un tombeau, qui vous prend, vous inonde
Et s’enflamme.
Mai 2021
Sagacité
Dans le puits primordial au bouillon chaotique,
Il broie allègrement tout dans des égrenoirs,
Il remue en riant les soleils, les trous noirs,
Et boit pour mieux vomir leurs poisons hypnotiques ;
Il broie allègrement tout dans des égrenoirs,
Il remue en riant les soleils, les trous noirs,
Et boit pour mieux vomir leurs poisons hypnotiques ;
Il parle avec le corps depuis ses profondeurs
La langue de la viande et celle de de la terre,
La langue de la feuille et même de la pierre,
Il nous dit leurs reliefs, leurs fracas, leurs odeurs ;
La langue de la viande et celle de de la terre,
La langue de la feuille et même de la pierre,
Il nous dit leurs reliefs, leurs fracas, leurs odeurs ;
En lacérant nos yeux de profondes entailles,
Il ressort de la boue ainsi qu’un revenant ;
Ici-bas comme ailleurs, toujours et maintenant,
Il a fouillé partout en ses propres entrailles,
Il ressort de la boue ainsi qu’un revenant ;
Ici-bas comme ailleurs, toujours et maintenant,
Il a fouillé partout en ses propres entrailles,
Arrachant sans pitié jusqu’au moindre morceau,
Tranchant le plus épais, dépeçant le plus mince,
Il passe sans trembler du trocart à la pince,
Son encre est l’ADN, le scalpel son pinceau.
Tranchant le plus épais, dépeçant le plus mince,
Il passe sans trembler du trocart à la pince,
Son encre est l’ADN, le scalpel son pinceau.
Et je sais ce qu’il cherche avec ce flair infâme,
Il remonte aussi loin qu’on peut le concevoir
Et puise en l’univers un absolu savoir :
Qui dirigeait son corps ? Qui figurait son âme ?
Il remonte aussi loin qu’on peut le concevoir
Et puise en l’univers un absolu savoir :
Qui dirigeait son corps ? Qui figurait son âme ?
Avant d’être ce monstre, un Belzébuth-hazan,
Qui n’est ni tout, ni rien, ni femelle, ni mâle,
Qui hurle aveuglément ou psalmodie un râle ?
Avant d’être un humain nommé de Sagazan ?
Qui n’est ni tout, ni rien, ni femelle, ni mâle,
Qui hurle aveuglément ou psalmodie un râle ?
Avant d’être un humain nommé de Sagazan ?
Avril 2021
Fille de la résistance
Entre les corps sans âme enterrés dans Paris
Le métro charriait, comme un torrent de morve,
Ses mornes passagers dont les prunelles torves
Puisaient dans leurs déserts de vieux désirs taris.
Le métro charriait, comme un torrent de morve,
Ses mornes passagers dont les prunelles torves
Puisaient dans leurs déserts de vieux désirs taris.
Le néant défilait, posant sur les regards
Des segments longs et froids comme des néons vides,
Moi, j’errais avec eux, vagabond impavide,
Abandonnant ma vie aux muses du hasard.
Des segments longs et froids comme des néons vides,
Moi, j’errais avec eux, vagabond impavide,
Abandonnant ma vie aux muses du hasard.
Je n’espérais plus rien, endormi dans la rame,
Mais le sommeil roula jusqu’au Mont-Valérien
Comme si j’avais pris un wagon aérien ;
Un nom mystérieux raisonna dans mon âme.
Mais le sommeil roula jusqu’au Mont-Valérien
Comme si j’avais pris un wagon aérien ;
Un nom mystérieux raisonna dans mon âme.
Estienne d’Orves, fier, s’imposa comme un guide
Irrésistiblement lumineux, devant moi ;
Joignant la résistance, et son cœur, et sa loi,
Je marchais dans ses pas, indolent et languide.
Irrésistiblement lumineux, devant moi ;
Joignant la résistance, et son cœur, et sa loi,
Je marchais dans ses pas, indolent et languide.
C’est une passagère, en fait, il faut le dire,
Un être rayonnant parmi les morts humains,
Qui me prit dans ses yeux comme on prend par la main,
Et c’est à leur noirceur que mes jours se rendirent.
Un être rayonnant parmi les morts humains,
Qui me prit dans ses yeux comme on prend par la main,
Et c’est à leur noirceur que mes jours se rendirent.
Ces regards hors du temps sous les rues de Paris,
Ces songes dilués dans les brumes de Londres,
Étaient notre moyen secret de correspondre
Et ce que nous disions se cache en ces écrits.
Ces songes dilués dans les brumes de Londres,
Étaient notre moyen secret de correspondre
Et ce que nous disions se cache en ces écrits.
Avril 2021
La laideur est rare, il y a surtout des beautés qui ne sont pas à notre goût.
Avril 2021
Dans ses haillons glacés, pourris par le soleil et le vent et la pluie, danse un épouvantail au milieu des ténèbres. Il a des dents en or, le bougre, longtemps après la mort il est ostentation ; il déverse, il exhibe. Sa chemise bat l’air comme un pavillon noir. Elle claque comme un fouet accablant ses esclaves.
Empalé sur un vieux manche de pelle, il semble encore creuser des sillons dans le sol. Il veut planter des graines dans sa tombe. C’est ce que font les vivants. Il penche, l’ivrogne unijambiste, on dirait bien qu’il va tomber. Sur sa carcasse, un vent s’acharne, plein de drache et de crachats. Dans les cieux colériques des tourbillons caressent des hurlements. Ça siffle gris, en résonnant dans ses oreilles de choux.
Dans un bruyant éclair, sa jambe se brise en le jetant à terre. Et le voilà qui tend ses bras, qu’il les plante dans le sol, en lançant leurs racines jusqu’au cœur du monde ; par elles, il boit le sang de la roche, comme un bouillon il slurpe la lave en ses tréfonds, et se relève. Il marche sur les mains. Ou plutôt il se traîne en tirant derrière lui des lambeaux de chemise et de passé. Il se met à grogner, puis pousse un cri strident, des oiseaux par milliers sortent de la saillie qu’il ouvre dans la terre et se jettent en tournoyant dans l’azur inondé.
Et le voilà qui pense, qui repense, qui ressasse. Dans les flammes de son cauchemar il retrouve de vagues silhouettes d’enfants, leurs rires méchants et leurs cailloux, les gens de la ville qui lui lancent son fumier dans la gueule, les galants qui se pâment, les rires méchants, les rires méchants, encore les rires méchants. Et sa brûlure est vive. Les feux de l’Enfer sont si bien ranimés que lui-même il s’enflamme ; en étouffant ses plaintes, il se consume, et avec lui ses souvenirs et son histoire. À l’aube un tas de cendres a pris sa place, et l’aube est son tombeau, et l’aube est son berceau.
Quelques matins plus tard, le soleil a séché tous les pleurs et le vent fait voler la poussière. Il s’échappe, il s’évade, il s’envole. En un million d’étoiles minuscules, il s’évapore. Il se disperse. Il est là dans les champs, il est là dans les eaux, dans les fleurs, dans les mers, dans les peaux. Avec les pissenlits, il envahit le monde. Et son histoire n’est oubliée que par les sourds, les sourds qui n’entendent pas en eux résonner sa douleur et qui pourtant la portent. Les sourds multipliés, chemises au vent et bientôt empalés sur de vieux manches de pelles.
Mars 2021
Playade
À vous, à qui je dois tant d’inspiration,
Qui volez humblement au-dessus des élites,
Et qui toujours plus haut portez la nation ;
Comme à vos vains écrits, à tout ce que vous fîtes,
Qui volez humblement au-dessus des élites,
Et qui toujours plus haut portez la nation ;
Comme à vos vains écrits, à tout ce que vous fîtes,
À vous, grands écrivains, à tout ce que vous fûtes,
À vos vers, à vos chants, vos versets, vos hadith,
Futés qui balancez la lune hors de vos futes
Pour la jeter au ciel et remplir le zénith,
À vos vers, à vos chants, vos versets, vos hadith,
Futés qui balancez la lune hors de vos futes
Pour la jeter au ciel et remplir le zénith,
Poètes recevez mon admiration,
Je respecte et j’entends vos combats et vos luths,
Si vous avez été de dose en ration,
Désormais vous pesez plus lourd que le bismuth !
Je respecte et j’entends vos combats et vos luths,
Si vous avez été de dose en ration,
Désormais vous pesez plus lourd que le bismuth !
À vous Monsieur Le Du, Comte de Barali,
Duchesse de Palenne, et Reine d’Arkana,
Chevalier de Yaffa, Prince de Sekkoumi,
De Morville & Lopes, de Cassel, de Diara…
Duchesse de Palenne, et Reine d’Arkana,
Chevalier de Yaffa, Prince de Sekkoumi,
De Morville & Lopes, de Cassel, de Diara…
Février 2021
Intrépide Fanny
Intrépide Fanny qui braviez mes tempêtes
Quand l’orage sur moi s’abattait tout entier,
Vous fûtes l’amirale à qui je pus confier
La flotte de secrets qui sombrait dans ma tête.
Quand l’orage sur moi s’abattait tout entier,
Vous fûtes l’amirale à qui je pus confier
La flotte de secrets qui sombrait dans ma tête.
Brisant le vague à l’âme avec moi sur le pont,
Ni la mer, ni le ciel ne semblaient vous atteindre !
Avec votre amitié je n’avais rien à craindre
Quand les yeux des harpies me lançaient leurs harpons.
Ni la mer, ni le ciel ne semblaient vous atteindre !
Avec votre amitié je n’avais rien à craindre
Quand les yeux des harpies me lançaient leurs harpons.
Maintenant que l’autan ne bat plus mon navire
Mais bombe sa voilure ainsi qu’un torse fier,
Les oiseaux de mon ciel me hurlent ce qu’ils virent :
Mais bombe sa voilure ainsi qu’un torse fier,
Les oiseaux de mon ciel me hurlent ce qu’ils virent :
En incarnant l’espoir, la force et le courage
Vous supportiez mon cœur quand les vents me défièrent
Et vous seriez restée, amour, jusqu’au naufrage.
Vous supportiez mon cœur quand les vents me défièrent
Et vous seriez restée, amour, jusqu’au naufrage.
Février 2021
Excite Exorbe
Par les siphons d’un rêve ovulé du cortex,
Je vois encore entier le chaos de vos orbes
Dont les inexorables galaxies m’absorbent ;
Je vois encore entier le chaos de vos orbes
Dont les inexorables galaxies m’absorbent ;
Un noir typhon s’élève, induit par leurs vortex,
Plongeant jusqu’au plasma mon corps qui les imite
Et ne laisse après lui qu’un cœur d’aragonite.
Plongeant jusqu’au plasma mon corps qui les imite
Et ne laisse après lui qu’un cœur d’aragonite.
Quel univers contient ce caillou, cette dent ?
Soudainement mouillé d’un contour de malice
Votre œil ouvert m’attend comme un ami complice ;
Soudainement mouillé d’un contour de malice
Votre œil ouvert m’attend comme un ami complice ;
En son brûlant désert, nécessaire accident,
Incoercible appel, je me laisse descendre
Et l’amour apparait, pur, au milieu des cendres.
Incoercible appel, je me laisse descendre
Et l’amour apparait, pur, au milieu des cendres.
Févirer 2021
À Noor Datis
Nous voyageons souvent
Portés par le même souffle,
Soulevés par le vent.
Portés par le même souffle,
Soulevés par le vent.
Comme
Nous sommes enfants
D’une seule et même pluie,
Cocktail nuageux,
Instable et dangereux,
Explosif.
Nous sommes enfants
D’une seule et même pluie,
Cocktail nuageux,
Instable et dangereux,
Explosif.
Nous crachons nos beautés
Aux accords débonnaires
À ces gueules ahuries
Qui ont cinglé nos chairs.
Aux accords débonnaires
À ces gueules ahuries
Qui ont cinglé nos chairs.
Intarissables tares.
Nous sommes puits sans fond
Dans lesquels ils se noient.
Dans lesquels ils se noient.
Au sortir permanent
De ce méchant cloaque
Nous sommes frère et sœur.
De ce méchant cloaque
Nous sommes frère et sœur.
Février 2021
Résolution
Où danse le magma des magmas les plus denses,
Arraché de l’abîme au rouge opalescent,
Un rocher colossal dont les reflets intenses
Donnent à l’hématite un front luminescent,
Arraché de l’abîme au rouge opalescent,
Un rocher colossal dont les reflets intenses
Donnent à l’hématite un front luminescent,
S’impose en soleil noir comme un iris immense.
Dans le ciel écrasé par le soir qui descend,
Un faisceau monstrueux qu’un seul rayon dispense
Rappelle à son noyau ses spectres menaçants.
Dans le ciel écrasé par le soir qui descend,
Un faisceau monstrueux qu’un seul rayon dispense
Rappelle à son noyau ses spectres menaçants.
Puis dans le trou béant qui demeure après lui,
Éblouissant le cœur, engloutissant l’espace,
Renait l’éclat du jour dont l’œil s’ouvre et reluit !
Éblouissant le cœur, engloutissant l’espace,
Renait l’éclat du jour dont l’œil s’ouvre et reluit !
Extraite de ce corps, la balle a laissé place
A la vie, à l’amour, à l’être épanoui
Qui respire et murmure au ciel un simple oui.
A la vie, à l’amour, à l’être épanoui
Qui respire et murmure au ciel un simple oui.
Février 2021
Qu’il m’est pénible et douloureux
De fouiller tout le ciel de ma mémoire
Pour ne trouver qu’une immensité noire
Quand j’y voudrais revoir vos yeux
De fouiller tout le ciel de ma mémoire
Pour ne trouver qu’une immensité noire
Quand j’y voudrais revoir vos yeux
Février 2021
Mort-né
En fouillant à la pelle
Les terrestres entrailles
J’ai heurté qui criait
Ta mâchoire et ton crâne
J’ai sorti des tréfonds
Le chaos de tes restes
Les terrestres entrailles
J’ai heurté qui criait
Ta mâchoire et ton crâne
J’ai sorti des tréfonds
Le chaos de tes restes
J’ai lavé les débris
Qui te servaient de corps
J’ai lavé les blessures
Qui te servaient d’esprit
J’ai gratté jusqu’au coeur
Et j’ai gratté encore
Qui te servaient de corps
J’ai lavé les blessures
Qui te servaient d’esprit
J’ai gratté jusqu’au coeur
Et j’ai gratté encore
J’ai cru pouvoir t’aimer
Et te rendre à la vie
Au travers de mes pleurs
J’ai cru voir ton sourire
Et le feu dans la nuit
J’ai cru te voir danser
Et te rendre à la vie
Au travers de mes pleurs
J’ai cru voir ton sourire
Et le feu dans la nuit
J’ai cru te voir danser
Tu titubais debout
Mais je te retenais
Et tes yeux vers le ciel
Lançaient des escarbilles
Le sol était trop fort
La comète est tombée
Mais je te retenais
Et tes yeux vers le ciel
Lançaient des escarbilles
Le sol était trop fort
La comète est tombée
Puis tu t’es liquéfié
Pour abreuver la terre
Comme un astre alarmé
Liquide et désastreux
Et tes pleurs étouffés
Ont disparu sans bruit
Pour abreuver la terre
Comme un astre alarmé
Liquide et désastreux
Et tes pleurs étouffés
Ont disparu sans bruit
Janvier 2021
Comme je racontais quelque chose, la voix qui sortait de ma bouche commença de m’émouvoir et je finis ma phrase en pleurant.
Décembre 2020
Aux designers
A la raison nous avons accordé la toute puissance, le pouvoir absolu d’expliquer le monde. Mais c’était oublier qu’elle n’est qu’une manière d’observation. Qu’un processus mental limité. Nous avons abandonné l’idéalisme au profit d’un matérialisme absolu, obéissant à un déterminisme matériel érigé en seule vérité. La disjonction entre matière et esprit fut le pacte diabolique qui ouvrit la voie du suicide à la civilisation occidentale.
Ainsi nous avons pensé que la technique nous ouvrirait les portes de tous les possibles, que le contrôle de la matière par les sciences physiques et par extension les super-technologies nous permettraient de dominer la nature, puisque nous l’avions réduite à l’objet. Manipulable par soumission. Mais la nature est aussi sujet.
Elle est un tout, possiblement dotée d’un appareil psychique qui nous dépasse totalement (et que certains appellent Dieu), comme le pressentait en d’autres mots Spinoza ou Patrizi. Mais nous nous sommes appliqué à enfoncer les clous du cercueil de ce Dieu, dont nous redécouvrons maintenant le cadavre imputrescible. Dans notre folie, nous avons tenté de réduire et tuer l’immortel infini.
Le mal nommé siècle des lumières fut en réalité celui d’une seule lumière, plongeant dans l’obscurité tout ce sur quoi ses feux -ceux de la raison n’étaient pas tournés. L’empirisme et nos connexions profondes avec le monde ne réapparaissant sérieusement qu’au XIXeme siècle, quand tout se tourne vers la réunification essentielle du corps et de l’esprit (psychologie, philosophie, arts), mais il est trop tard pour stopper la course d’une machine infernale qui écrase désormais toute pensée qui s’écarterait du cadre rationnel.
La production de masse rendue techniquement et socialement possible et la consommation nécessaire à son absorption, placent l’objet au centre de toutes les attentions. Le capitalisme renforce cette mécanique et s’enfonce jusqu’à la disparition des sujets, ramenant l’homme à un objet consommateur d’objets.
Au mot design, on accole le terme « industriel », réduisant ainsi ses fulgurances poétiques à des contraintes purement techniques. Il se fait garant d’une possibilité de produire une poétique de masse. Tout idéalisme ne pouvant être contenu que dans un matérialisme maîtrisé, peu importe l’idée pourvu qu’elle soit formalisable, réductible à un objet commercialisable à grande échelle.
Simultanément, l’art contemporain prend un chemin inverse. Il ressuscite l’idéalisme pure et tue la forme. L’esthétique se tourne vers l’idée et la matière se vide de toute consistance. On assiste à des expositions sans œuvre matérielle.
On constate maintenant l’inanité de telles extrémités, comme s’il avait été nécessaire d’en passer par là pour comprendre que tout ce qui est, abstrait et concret, matériel et immatériel, fait partie d’un monde auquel on ne peut rien retrancher. Comme s’il avait été nécessaire à l’humanité d’essayer de remplacer Dieu pour comprendre ses propres limites.
Puissent les designers, comme tous les humains savoir rester à leur place, mais qu’ils l’occupent pleinement, en renouant avec leur spiritualité, avec leur intuition et tout ce qui les lie intimement au monde. Ils ne peuvent se passer d’être aussi des artistes.
Décembre 2020
Nihil est in intellectu quod non antea fuerit in sensu.
« Rien n’est dans l’intelligence qui n’ait été d’abord dans les sens. »
Il faut pourtant bien qu’une force opère sur le post-sensible, sur la récolte des sens.
L’intelligence non réactive au sensible peut-elle être perçue ? L’intellect et l’émotion ne seraient pas révélés sans une sensibilité pour les faire vivre. Aussi dans l’intelligence perceptible un déficit d’intellect est-il possible, comme un déficit émotionnel, mais jamais un déficit de sensibilité. Toute intelligence est d’abord affectée au sensible et ne s’exerce qu’après récolte des sens. Elle jongle et transforme, elle est créatrice de l’à venir, elle se nourrit du sensible et le transmet après avoir effectué sur lui une forme de réalisation, réalisation qui a son tour s’offre comme objet, à l’étude d’une nouvelle subjectivité sensible. Ainsi va le cycle vital de la psyché.
L’intelligence spontanée et imperceptible car encore pas nourrie par les sens, comme un voile de lumière qui ne serait révèle que par la poussière sur laquelle il se pose, pourrait être celle de l’ADN, celle qui ordonne, bien avant que les sens ne soient consciemment perceptibles.
Novembre 2020
CONTEXTE
Avec l’avènement de l’Art Contemporain, est arrivée une période où tout peut-être considéré comme Art. Il importe peu que l’œuvre soit matérielle ou immatérielle, qu’elle soit utile ou inutile, jugée belle ou laide, monumentale ou minuscule, qu’elle ait une valeur morale, immorale ou amorale, qu’elle émeuve ou ne produise aucun affect : c’est la simple volonté de l’artiste et la reconnaissance de cet objet comme appartenant au monde de l’art (essentiellement par des institutions et une valorisation financière) qui en fondent la légitimité.
Peut-être était-il nécessaire d’atteindre cette extrémité mais il est désormais impossible d’aller plus loin dans le sens d’un élargissement du domaine de l’Art et le mot n’a plus de sens dés lors qu’il est ouvert à toute définition. J’en arrive donc à l’évidente conclusion qu’une inversion s’impose dans le sens d’une restriction de définition et c’est à chaque artiste de redéfinir ce qu’il conçoit ou non comme appartenant au territoire artistique.
TROUVER MA DÉFINITION
J’ai des pistes quant à ma propre définition. Kant écrivait dans sa critique de la faculté de juger que “là où il suffit, pour faire, de savoir ce qu’il faut faire, n’est pas de l’Art”. Je partage cet avis et y ajouterai la proposition suivante : “là où il suffit, pour comprendre, de savoir ce qu’il faut comprendre n’est pas de l’Art.” Autrement dit, il n’est pas d’œuvre qui puisse exister par la seule explication qu’on en donne.
Une autre hypothèse concerne la motivation de l’acte artistique. Je m’appuie cette fois sur Nietzsche qui affirmait que “l’essence de tout Art, de tout grand Art, est la gratitude.” Il y a effectivement selon moi dans l’acte de création artistique, par opposition à la création pratique, le désir ou le besoin de faire perdurer le sujet de l’œuvre, de l’inscrire dans le registre de l’existant, plutôt que de provoquer un quelconque changement sur l’environnement ou le destinataire qui y sera confronté, ceci n’étant qu’une conséquence tout à fait secondaire. Contrairement à l’objet artisanal, l’œuvre d’Art serait donc le produit final de la motivation artistique et ne serait pas destinée à autre chose qu’exister. Idée qui se rattache peut-être à celle du XIXème siècle qu’est “l’Art pour l’Art”, mais aussi à cette Nécessité Intérieure dont parlait Kandinsky.
Enfin, moins destinée à le définir qu’à expliquer mon rapport à l’Art, une comparaison avec la procréation s’impose. J’ai le sentiment qu’à un moment du processus créatif, l’œuvre devient fœtus : elle prend vie et l’artiste se retrouve entièrement voué à son service, jusqu’à ce qu’elle puisse enfin exister par elle-même. Et ce que cherche l’artiste, serait donc la transmission de cette force vivante qui est en lui.
J’en suis donc à une définition de l’Art qui rassemblerait la volonté de faire exister et le caractère vivant de l’œuvre ainsi produite ; œuvre n’étant le fruit ni d’un simple savoir-faire, ni d’une simple idée. C’est à dire une notion très proche de la reproduction (non pas au sens de produire à l’identique mais bien au sens de la perpétuation de la vie).
L’Art s’est toujours passé de définition précise et les artistes sont souvent les premiers à franchir les limites du catégorique pour forcer l’évolution. De même, les propositions faites ici sont évidemment ouvertes à la révision.
PEINDRE LA FORCE VITALE
Bien que je tente de donner à l’Art ma propre définition, ma démarche demeure bien plus instinctive que réflexive. Ce que je cherche à fixer sur la toile, c’est précisément la pulsion originelle, le désir de peindre. C’est à dire le plus court chemin possible entre le besoin de peindre et la représentation de ce même besoin de peindre, comme si je prenais un cliché instantané, une échographie d’une volonté qui me traverse.
Je m’intéresse de près à la dimension instinctive de la peinture, souvent boudée par les intellectuels. Toutes les explications que j’en donne succèdent à la facture et ne la précèdent jamais. Je ne sais pas ce que je vais faire avant de peindre, aucun dessin préparatoire n’est possible. Les réflexions données ici sur ma démarche n’ont que peu de sens théorique, elles sont des constats récurrents d’une pratique essentiellement intuitive.
ÉMERGENCES
L’origine de la volonté est sans doute ce qui me fascine le plus mais elle reste parfaitement inaccessible à qui veut la saisir. Car la volonté n’est peut-être que l’idée fausse qui rationalise l’acte a posteriori. Ce que je peins s’en rapproche sans jamais la toucher, c’est le moment de la naissance des forces intérieures, l’instant où la joie éclate, où monte la colère, où le rire se développe, où survient l’orgasme, où gronde la peur, où l’amour s’embrase... L’irrépressible est mon sujet, et particulièrement l’irrépressible volonté de perpétuer le vivant. La pulsion de vie peut-être.
Les images qui me viennent pour illustrer ce propos sont assez concrètes : je peins la force contenue dans le cœur de la Terre et ses veines, ce magma compressé sur lui-même et qui parfois surgit comme un mouvement de griffe, monstrueux ou félin, cette lumière sourde, capable de fissure, de fracture, perçant dans les ténèbres par sa volonté propre. Je peins la force qui soulève les tempêtes, ce moment de chaos qui transfigure un espace ordonné, ouvrant par là même les voies du devenir, l’instant qui précède toute possibilité. Je peins la puissance vitale.
Septembre 2020
Aux enfants de la peur
Il y a sans doute autant de manières de voir le monde que d’individus et même encore davantage si l’on y ajoute les visions communes, avec leurs degrés de conscience plus ou moins révélés. Mais nous sommes dans une époque ou l’incertitude grandissante face à l’avenir nous plonge dans l’impasse de la peur, une vision qui s’immisce partout et en tous les esprits.
Il suffit d’observer l’offre politique pour comprendre que nos motivations ne sont plus que des réactions à ce qui nous effraie. Nous ne pensons qu’à nous protéger et renforçons les dérives sécuritaires et autoritaires même quand nous pensons les combattre. Le peur de voir la démocratie se disloquer n’est-elle pas elle aussi à l’origine de pensées qui voudraient encore « protéger » la liberté ? Aucun parti, et pire aucun individu, ne propose de fixer un cap motivé par le désir. Tous, tentent de convaincre un électorat en répondant à ses peurs, allant jusqu’à ne plus rien savoir faire d’autre que les alimenter.
En balayant le spectre sans jugement quant à la réalité et le bien fondé des peurs en question, il est facile d’associer à chaque proposition politique une promesse de protection. Des brouillons de caricatures s’imposent : les écologistes en lutte contre le dérèglement climatique et la sixième excitation de masse, les communistes contre le capitalisme néo-libéral, les socialistes contre la pauvreté et la misère sociale, les centristes s’il en est contre l’extrémisme, la droite républicaine contre la perte des valeurs fondatrices de la France, une autre droite contre l’assistanat et les dépenses inutiles, les nationalistes contre la mixité culturelle ou plus simplement tout envahisseur physique ou moral, et l’on pourrait détailler plus précisément et plus sérieusement quelle peur habite chaque candidat à n’importe quelle fonction, quelle peur anime chaque électeur. Et mêmes ceux qui s’excluent de ce système, sont encore dans cette logique réactionnaire, les anarchistes vociférant contre les pouvoirs dominants et ceux qui s’insurgent pour la liberté se débattant encore harnachés à elle.
S’il existe encore des motivations bien différentes à transformer le monde, la tendance demeure générale. Et ce qui motive souvent l’altermondialisme n’est qu’une haine plus ou moins farouche à l’égard de ce qui devrait être autrement. Rendus à regarder autour de nous en trouvant partout des coupables dont le seul tort est parfois d’être ce qu’il sont et à remettre sur tout et n’importe qui les responsabilités de nos souffrances et de nos haines, nous laissons à ce qui n’existe pas le pouvoir total de déterminer ce que nous sommes. Ainsi nous incarnons la crainte et les fantasmes que nous y associons. Nous ne sommes plus que l’attente stérile de notre fin. Nous devenons la mort, une mort chétive qui n’a même plus la force de lever sa faux pour trancher dans le réel.
Cet avenir qui nous terrifie pose ses fondations dans nos craintes plus encore que l’inverse. Dans cette dynamique mortifère, les causes extérieures dont il faudrait se protéger se créent d’elles-mêmes. Au-delà des aspects psychologiques et archaïques qui en justifient l’existence, peut-être y a t-il des vérités dans ces manières de contempler chacune de ces parties du monde que nous montrons du doigt ; mais elles sont toujours ornées d’oeillères que nos peurs profondes ou induites ont lentement scellées autour de nos yeux. La peur de notre finitude, la peur de notre décrépitude, de nos souffrances, de nos émotions et même de nos sensations, toujours la peur, la peur, la peur.
Aurions-nous oublié de regarder la vie en face, c’est à dire aussi de voir la mort pour ce qu’elle est ? Inéluctable et universelle, une partie nécessaire et souhaitable du monde vivant ? Comme on l’a déjà dit et répété maintes fois, vivre sans accepter la finitude, c’est être déjà mort. La vie contient son lot de peurs et de souffrances et passer son temps à les fuir, à s’en protéger, c’est rester terré au fond d’un trou aussi sombre et putride qu’un tombeau.
Où sont passés nos rêves et nos désirs ? Où sont notre courage, notre force, notre vitalité ? Notre envie de vivre ? Où sont les psychologues, où sont les créateurs, les artistes, les philosophes, les bâtisseurs, les designers, les architectes, les ingénieurs, où sont ceux qui les soutiennent, les soignent et les nourrissent, où sont les humains ? Seraient-il vraiment déjà morts ?
Amis qui m’entendez, enfants de Nietzsche ou Bukowski, plongez à mains nues dans la terre, humez les profondeurs de l’air, dansez de toute votre âme sur les ruines des statues, apprenez à chérir tout ce qui est vivant, sachez tout sublimer et marcher dans le feu. Et vous pourrez aimer, aimer sans relâche, tout aimer, jusqu’à vos propres peurs, jusqu’à vos propres cendres.
Septembre 2020
Inachevé
Tendue sur Saint Martin, comme un morceau de foudre,
Une épée est levée en des nuées macabres,
Mais ce fin haricot qui voulait en découdre,
Fond dés qu’il est chauffé comme un vieux candélabre !
Une épée est levée en des nuées macabres,
Mais ce fin haricot qui voulait en découdre,
Fond dés qu’il est chauffé comme un vieux candélabre !
Hélas ô spéculos ton saint bestiaire est poudre !
Gourmandise qui plonge en brandissant tes sabres
Dans des mers de café qui n’ont pour te dissoudre
Qu’à dormir calmement, bercées par nos palabres !
Gourmandise qui plonge en brandissant tes sabres
Dans des mers de café qui n’ont pour te dissoudre
Qu’à dormir calmement, bercées par nos palabres !
Juillet 2020
Causalité
Le principe de causalité n’éclaire pas le monde, il éclaire la manière dont nous le comprenons, la manière de l’entendement.
Juin 2020
Art et divertissement
Le divertissement, c’est ce qui permet de s’oublier, l’art c’est précisément le contraire, c’est ce qui vous ramène à l’essentiel de vous-même.
Juin 2020
L’art c’est une porte qui s’ouvre vers soi-même.
Mai 2020
Aux rives autochtones
Cristallins s’abreuvant de la moindre clarté,
Loin dans nos profondeurs d’invisibles rhizomes
Offrent leur majesté comme des rhizostomes
À nos cœurs sibyllins vibrant en aparté ;
Loin dans nos profondeurs d’invisibles rhizomes
Offrent leur majesté comme des rhizostomes
À nos cœurs sibyllins vibrant en aparté ;
Hors de ce monde obscur aux intenses couleurs,
Tel un spectre advenu de limbes vaporeuses
Notre écorce meurtrie éploie aux nuits laiteuses
Ses bourgeons assoiffés de ténébreuses fleurs ;
Tel un spectre advenu de limbes vaporeuses
Notre écorce meurtrie éploie aux nuits laiteuses
Ses bourgeons assoiffés de ténébreuses fleurs ;
S’amplifiant en nos chairs jusqu’à l’éclosion,
Un excès de frissons dont la fièvre s’élève,
Délivre le secret de nos abcès de sève ;
Un excès de frissons dont la fièvre s’élève,
Délivre le secret de nos abcès de sève ;
Quand soudain sous vos yeux, comme l’explosion
Des astres scintillants de nos cosmogonies,
S’évaporent nos pleurs vers les nues infinies.
Des astres scintillants de nos cosmogonies,
S’évaporent nos pleurs vers les nues infinies.
Abi Allano & Matheo de Bruvisso
Mars 2020
Éléctrochocs
Devant l’immensité de nos bols, attablés,
Nous buvons sans plaisir des soupes délicieuses,
Puis sorti du néant, sous nos yeux accablés,
Un monstre vient troubler nos léthargies spécieuses ;
Nous buvons sans plaisir des soupes délicieuses,
Puis sorti du néant, sous nos yeux accablés,
Un monstre vient troubler nos léthargies spécieuses ;
Comme un bouillon puant avec son millier d’yeux,
Un remugle du Styx embrouille la surface,
Tout se métamorphose, et les jours et les lieux ;
Un bestiaire apparait, l’humanité s’efface.
Un remugle du Styx embrouille la surface,
Tout se métamorphose, et les jours et les lieux ;
Un bestiaire apparait, l’humanité s’efface.
Dans l’immobilité qui semble se débattre,
Nous sentons s’engluer nos organes vitaux,
Nos cœurs asphyxiés ont la chance de battre
Grâce aux anges venus hanter les hôpitaux.
Nous sentons s’engluer nos organes vitaux,
Nos cœurs asphyxiés ont la chance de battre
Grâce aux anges venus hanter les hôpitaux.
À vous qui nous soignez, sublimes de courage,
Par notre gratitude à nous de vous porter !
Gardons les dents serrées car à force de rage
L’horreur sera vaincue et nous pourrons pleurer.
Par notre gratitude à nous de vous porter !
Gardons les dents serrées car à force de rage
L’horreur sera vaincue et nous pourrons pleurer.
Et nous pourrons pleurer d’y avoir survécu,
Sonnés par l’idiotie, émus par la bravoure,
Et chacun d’entre nous se verra convaincu
Qu’ici bas l’existence est un met qu’on savoure !
Sonnés par l’idiotie, émus par la bravoure,
Et chacun d’entre nous se verra convaincu
Qu’ici bas l’existence est un met qu’on savoure !
Décembre 2019
La notion d’échelle me parait primordiale parmi toutes les questions vitales de notre époque. En premier lieu, la taille des instituions, déterminée par le nombre de personnes à qui elles s’appliquent.
Dés lors que l’échelle dépasse celle de l’entendement, c’est à dire de ce que l’on peut constater (compter) par soi-même, toute institution devient folle. Chaque membre d’une institution doit en connaître les autres pour que celle-ci échappe à la transformation de l’individu en une entité désindividualisée, réifiée, part différenciable d’un tout. Transformer la quantité chiffrable en reconnaissance qualifiée.
Des micros sociétés sont alors sainement envisageables. Mais le nombre nécessaire de ces micro sociétés s’en trouve mathématiquement augmenté par simple principe de division. Pour restructurer l’ensemble de ces particules éclatées, de ces institutions à échelle humaine, il faudra que des instances supérieures instituent à leur tour des règles, des normes, des lois peut-être pour devenir des institutions d’institutions. Et ainsi de suite.
Ainsi la somme des votes individuels pour un seul chef n’a plus de sens. On vote au ceint de son institution pour un représentant, qui votera à son tour dans le cadre de l’institution supérieure à la première, jusqu’à l’institution chapeau qui n’aura plus pour elle-même de représentant mais l’ensemble des membres qui la composent comme décideurs.
Octobre 2019
Les indécrottables néolibéraux, qui avez défendu la "liberté d'entreprendre" au point de protéger l'esclavagisme et le libre-échange d'un bout à l'autre de la planète, je sens que la liberté de se révolter et de partager son indignation vous parle beaucoup moins ! Vous l'aurez bien cherché hein...... le nouvel ordre mondial, sera celui des peuples que vous avez asservis !
Avril 2019
Masque étroit de la mort
Qui m’attire et me tire en des hauteurs profondes
Où tout semble plus fort,
Je cherche en ton regard, de tes yeux tu me sondes !
Qui m’attire et me tire en des hauteurs profondes
Où tout semble plus fort,
Je cherche en ton regard, de tes yeux tu me sondes !
Avril 2019
J’étais le clou
Et toute ma volonté
N’avait jamais suffit
À frapper le marteau
Et toute ma volonté
N’avait jamais suffit
À frapper le marteau
Mars 2019
L’expression artistique aura été une condition de ma survie. Une longue introspection psychanalytique me permet enfin de le comprendre et d’aborder l’art d’une manière nouvelle. Plus libre. Je me détache du jugement autoritaire, du mien comme de celui de toute critique extérieure. Sans doute le mot “survivant” vous paraîtra exagéré, il s’agit pourtant du terme exact. Chaque tableau, chaque poème, chaque photo, chaque composition musicale fût une bouffée d’air dans ma vie d’asphyxié. Désormais j’apprends à respirer sans avoir à forcer l’inspiration pour percer le sac plastique que j’avais sur la tête.
Le soleil se lève pour la première fois, les nuages sombres se dissipent. Je découvre enfin la lumière, celle que j’ai tant cherché, la lumière qui devrait naturellement nous éclairer tous. Je suis un écorché vif, aux multiples cicatrices désormais refermées. Enfin prêt à vivre. A quarante ans, il est temps pour moi de naître. Je continuerai à partager ma modeste contribution artistique dans cette nouvelle vie, en espérant que vous profiterez du peu de lumière qui s’en dégagera. Un tout petit feu, mais qui réchauffe tellement.
Février 2019
Je ne connais rien
De plus grand que vos yeux
Dans l’espace infini
Tout l’irréel s’affole
J’y brûle tout ce que j’ai
Pour entretenir leur feu
De plus grand que vos yeux
Dans l’espace infini
Tout l’irréel s’affole
J’y brûle tout ce que j’ai
Pour entretenir leur feu
Maintenant je n’ai plus rien
Et je ne suis plus rien
En tournant les talons
J’entends pourtant au loin
Qu’en leur foyer sans fin
Redouble un incendie
Et je ne suis plus rien
En tournant les talons
J’entends pourtant au loin
Qu’en leur foyer sans fin
Redouble un incendie
Javier 2019
L’art est le lieu de rencontre des inconscients.
L’artiste est celui qui entretien une correspondance avec son inconscient.
L’artiste est celui qui entretien une correspondance avec son inconscient.
Janvier 2016
Intuition sur ce qui est
Une seule loi unificatrice ? Non ! Partout la dualité, antithèses coexistantes, pôles magnétiques ! Guerres partout, mouvements partout, échanges partout ! Paix nulle part, stabilité nulle part ! Matière, antimatière ; chaos , cosmos ; la grande condition ! Pas une loi unificatrice mais un système de lois contradictoires, et peut-être seulement deux, dont rien ne laisse place à la chose sinon cette seule contradiction. Avec une seule loi, un seul grand bloc du plus profond néant.